Gérard Aubert

  • Juillet 1963. Vingt-deux jeunes venus de six nations sont rassemblés à Kelz, en République Fédérale d'Allemagne. Ils viennent remettre en état des cimetières juifs à l'abandon depuis le début du nazisme. Gérard, parti de Salon-de-Provence, est l'un d'eux. Il va avoir dix-sept ans. Il raconte.
    Pourquoi sont-ils là ? Pour participer à la reconstruction de l'Europe dévastée par la guerre et pour la paix. Pour contribuer à réparer le drame juif, par une action symbolique, c'est ce qui a décidé les plus avertis d'entre eux. Mais pour d'autres, il s'agit simplement de vacances à moindre coût, de s'évader du « cocon familial » et de découvrir le monde, autrement.
    La première semaine, les jeunes font connaissance, découvrent leurs différences et s'efforcent de se comprendre. Ils pénètrent dans leur premier cimetière envahi par les herbes avec étonnement et interrogation. Mange-t-on dans un cimetière ? Peut-on fumer ? Peut-on flirter ? Ils vont apprendre à y travailler, mais aussi à y vivre. Poussés par la curiosité, les habitants les accueillent chaleureusement dans les magasins, au gasthaus le vendredi soir. Mais parfois très vite, après les premiers élans, les visages se ferment.
    Le lundi suivant, les jeunes arrivent joyeusement au cimetière de Lüxheim. Ils y découvrent des tombes bouleversées, profanées, des cercueils pillés. L'horreur du nazisme, dont ils avaient à peine entendu parler.

  • Chaque enfant a dans son imaginaire un héros : D'Artagnan, Surcouf ou le capitaine Nemo. Mon héros était Jacques Boiss y.
    Aventurier lunaire, personnalité au grand coeur, il était animé de la passion de découvrir les fonds sous-marins et d'inventer de nouvelles techniques au service des autres plongeurs et amoureux des mers.
    Sa gentillesse naturelle, sa simplicité, son courage ralliaient à lui tous les gens qu'il rencontrait. Rappeler la vie de Jacques, c'est encore mettre au jour la Principauté de Monaco dans l'insouciance de l'après-guerre, son sens de la famille, et, sa convivialité si particulière : nourrie de galéjades, d'humour et... de glamour international.

  • Un charme intemporel s'opère, quand, après avoir traversé Thérouanne et longé la vallée de la Lys, le visiteur entre en ville. Aucun indice, aucune échappée ne dévoile alors au découvreur néophyte, l'existence d'une place centrale. Soudain, un décor grandiose apparaît. Les tours du beffroi et de la collégiale dessinent une perspective digne d'Oxford ou de Gand. La façade de l'hôtel de ville, tel un rideau de scène démesuré, souligne la base de la place triangulaire. De chaque côté, les alignements des hautes façades des immeubles aux pilastres ordonnancés, s'ouvrent comme deux bras tendus. Ainsi, le regard est-il dirigé vers le fronton de l'hôtel de ville orné, à l'origine, des symboles majestueux de la royauté ! En choisissant Héroguel pour la nouvelle construction du beffroi et de l'hôtel de ville, Louis XIV affirme son pouvoir sur une cité qui n'était redevenue française que depuis deux ans. En 1715, à la mort du roi, les échevins et les bourgeois d'Aire veulent être, eux aussi, à l'heure de Versailles.

  • En 1600, la construction du Corps de garde, magnifique reflet de la gloire communale airoise, symbolise en cette fin du XVIe siècle, l'élan civilisateur de la Renaissance. Les tableaux sculptés de l'attique présentent les éléments, les vertus théologales et cardinales ; la frise médiane, aux métopes somptueuses, offre ses motifs guerriers et bourguignons. Les fins pilastres cannelés qui rythment les façades en brique et pierre, les tympans luxuriants des fenêtres, la colonnade délicate et déliée de la galerie promenoir composent une harmonie architecturale digne d'un palais vénitien... Et pourtant, ce ne fut qu'un bâtiment militaire municipal ! Pendant quelques décennies, il abritera le bailli et son tribunal et, au hasard des décisions administratives, il hébergera la Justice de Paix, l'Octroi et l'Office de Tourisme. Mais auprès des Airois, il a gardé, pour le prestige, son nom de Bailliage.
    Chef d'oeuvre de la « Renaissance flamande espagnole », le corps de garde d'Aire-sur-la-Lys surprend toujours le visiteur. Sa subtile élégance rivalise avec la monumentalité du beffroi, inscrit depuis 2005 au Patrimoine mondial de l'humanité.

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