Ilya Ilf

  • A l'origine, une jeune fille s'était approchée de lui: - savez-vous bien, monsieur, s'était-elle exclamée, que vous ressemblez énormément au frère du mari de ma soeur? puis quelqu'un l'avait longuement dévisagé avant de lui dire: -je sais que vous n'êtes pas kourdioumov mais vous ressemblez tellement à kourdioumov que j'ai décidé de vous en faire part.
    Une demi-heure plus tard, une autre jeune fille l'aborda et lui demanda sur un ton d'intimité: - vous avez bien séché?- euh. oui, répondit-il à tout hasard. - avouez que vous avez eu une belle frousse, hier? - quand cela? - hier, voyons, quand vous étiez en train de vous noyer! - mais je n'ai jamais été en train de me noyer! - oh, pardonnez-moi, mais vous avez une telle ressemblance avec un ingénieur qui a failli se noyer hier!.

  • Le New York de 1936, Henry Ford, Chicago, le désert d'Arizona avec ses Indiens, San Francisco et ses agents d'influence prosoviétique, Hollywood décortiqué par le menu, un passage illégal de la frontière mexicaine, une audience de Franklin Roosevelt : voilà ce que l'on trouve, et bien des choses encore, dans ce livre écrit par deux humoristes russes mandatés à leur corps défendant par le régime stalinien.

  • Au début, nous avons tenu bon.
    Nous n'avons pas bu de Coca-Cola, presque jusqu'à la fin du voyage. Encore quelques jours et nous aurions été en haute mer, à l'abri du danger. Mais la publicité l'emporta. Ebranlés, nous goûtâmes ce breuvage. Et c'est en toute sincérité que nous pouvons déclarer : en effet, Coca-Cola rafraîchit le gosier, stimule les nerfs, rétablit la santé chancelante, apaise les tourments de l'âme et fait de l'homme un génie égal à Tolstoï.
    Essayez donc de dire autre chose quand on vous a bourré le crâne trois mois d'affilée, chaque jour, à chaque heure, à chaque minute ! Plus redoutable encore par sa tapageuse insistance est la publicité des cigarettes. Chesterfield, Camel, Lucky Strike et autres marques sont glorifiées avec une frénésie dont on ne trouve l'équivalent que chez les derviches tourneurs, ou dans ces cérémonies orientales aujourd'hui interdites, lorsque des fanatiques se lacéraient eux-mêmes à coups de poignards et ruisselaient de sang en l'honneur de leur divinité.
    Toute la nuit des lettres de feu embrasent le ciel ; toute la journée des affiches criardes vous blessent les veux : " Les meilleures au monde ! Des cigarettes porte-bonheur ! Les meilleures dans le système solaire ! "

  • Monde anonyme déconnecté de la vie quotidienne, cloop est géré par des êtres quasiment robotisés et subsiste sans donner de fruit, tout en se nourrissant d'un fromage de brebis à la provenance douteuse.
    C'est, dans un premier temps, la caricature véridique du défaut majeur dont souffrira pendant plus d'un demi-siècle toute l'économie soviétique. mais on peut aller jusqu'à y voir une image symbolique de la charge que faisaient peser sur la société la classe au pouvoir et la nomenklatura parasitaire. cloop ne serait-il pas tout simplement l'urss?.

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