Robert Mantran

  • Des sultans sanguinaires, ou vivant dans la débauche, qui n'imposèrent leur domination que par la force de leurs armées et grâce à un islam intolérant

  • Au xvie siècle, à l'apogée de l'empire ottoman, soliman le magnifique entend faire de sa capitale, istanbul, l'image de sa puissance, la première des villes du vieux monde, la manifestation du triomphe de l'islam sur la chrétienté.
    Le sultan y attire une population très diversifiée, favorise l'activité économique de la cité et fait édifier les mosquées les plus splendides du monde ottoman. turcs, grecs, arméniens et juifs cohabitent ici sans heurt grâce à l'autorité gouvernementale qui sait imposer à tous le respect des personnes et des lois. les corporations assurent aux habitants la sécurité matérielle, tandis que les communautés religieuses leur permettent de sauvegarder leur foi, leurs traditions, parfois leurs privilèges.
    Mais cette structure se trouve, au siècle suivant, dans l'incapacité d'évoluer: l'incurie des dirigeants favorise l'emprise grandissante des étrangers, d'abord sur la vie économique, puis sur la vie politique. istanbul n'en demeure pas moins la ville fascinante que les voyageurs occidentaux ont célébrée à l'envi et comparée, à son avantage, aux grandes cités de l'europe.

  • Les informations rassemblées dans cet ouvrage sous la direction de RobertMantran sont présentées dans un ordre chronologique à l'intérieur de onze chapitres qui s'étendent de l'Arabie pré-islamique (IXe siècle av. J.-C.) à 1989. Précédé d'une courte introduction, chaque chapitre est divisé en plusieurs parties. Figurent également, dans ce livre, des biographies rapides de personnages importants et quelques éléments de bibliographie. Si le cadre chronologique des chapitres est celui du mondemusulman arabo-turc, les auteurs ont eu le souci de ne pas se limiter à la zone qui va de l'Atlantique au golfe Persique. L'ouvrage comprend en outre un glossaire, un atlas de cartes en couleurs, les tableaux dynastiques et les arbres généalogiques des principales familles régnantes depuis celle du Prophète jusqu'à celles des Keita duMali, et se termine par un index des noms propres. Il constitue unemine, un peu sèche,mais très utile, de renseignements sur lemondemusulman qui joue un rôle croissant sur la scène internationale.

  • Histoire d'istanbul

    Robert Mantran

    • Fayard
    • 6 Mars 1996

    Byzance, Constantinople, Istanbul: sous ses trois noms, la seule ville au monde à être bâtie sur deux continents semblait " faite pour dominer et commander à toute la terre ".

    Au IVe siècle, Constantin y installe la capitale de l'Empire romain d'Orient pour y édifier une " nouvelle Rome ". Deux siècles plus tard, Justinien y réalise son rêve politique et fait construire Sainte-Sophie dont la perfection illustre aujourd'hui encore la grandeur de la capitale de l'Empire byzantin. Malgré les querelles religieuses qui l'agitent, la ville devient la plus grandiose de la chrétienté et le plus grand marché de l'Occident. Sa richesse provoque l'admiration des croisés, puis bientôt leur convoitise. Ils en font l'éphémère capitale de l'Empire latin d'Orient (1204-1261), mais la pillent de fond en comble. Constantinople ne s'en relèvera jamais.

    En 1453, le sultan ottoman Mehmed II s'en empare. Palais, mosquées, bains, bazars transforment petit à petit la ville grecque en ville turque. Elle devient le coeur du monde musulman à l'époque de Soliman le Magnifique. La magnificence du Grand Turc, la splendeur de sa capitale et les mystères de Topkapï éveillent la curiosité des visiteurs étrangers qui s'étonnent du " bon gouvernement des Turcs, bien meilleur que le nôtre ". Au XVIIIe siècle, sous l'effet des luttes du Palais, le prestige de la Sublime Porte s'effrite. Une nouvelle manière de vivre apparaît alors: cafés, théâtres d'ombres se multiplient tandis que les rives du Bosphore se couvrent de yalis. Peu à peu, la cité passe de l'ottomanisme au cosmopolitisme. Les capitaux étrangers affluent, tout comme les romantiques et les archéologues. L'inauguration de l'Orient-Express, en 1883, accompagne la publication de guides touristiques...

    En moins d'un siècle, la vieille cité ottomane, déchue de son rôle politique dès les débuts de la République turque, allait devenir une mégapole bruyante et désordonnée, mais ses innombrables monuments nous disent encore sa gloire passée.

    Tous ceux qui ont vu Constantinople sont d'accord que cette ville est dans la plus belle situation qui soit au monde, en sorte qu'il semble que la nature l'ait faite pour dominer et commander à toute la terre.

    Jean Thévenot, XVIIe siècle Le sérail du Grand Seigneur est la première chose que l'on voit en arrivant à Constantinople. Serraï en turc veut dire palais, et les Français, par corruption, disent sérail, le prenant seulement pour l'appartement où sont serrées les femmes.
    Jean Thévenot, XVIIe siècle Rien ne se peut concevoir de plus charmant que cet abord de Constantinople. Lorsque j'y arrivai la première fois, je m'imaginai entrer dans une ville enchantée.
    G.J. Grelot, XVIIe siècle Aucune cité n'a croqué les fruits du jardin des arts Avec autant d'appétit que notre ville C'est ici que tout homme de mérite atteint la gloire, Que toute perfection arrive à maturité.
    Nabi, XVIIe siècle Une seule de tes pierres vaut un empire, Istanbul... O toi, sans pareil et sans prix.
    Nedim, XVIIe siècle Robert Mantran, professeur émérite à l'Université de Provence, membre de l'Institut, a écrit de nombreux ouvrages sur le monde turc; sous sa direction a été publiée une Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989.

  • Au moment oú le monde arobo-musulman tient l'un des premiers rôles de l'actualité, il est bon de rappeler que ce phénomène n'est pas nouveau et que, dès le viie siècle, il a été un des éléments primordiaux de l'histoire.
    Appuyés sur une religion considérée comme l'expression de la révélation ultime, les arabes ont étendu leur domination sur une large part de la zone méditerranéenne et sur le proche et le moyen-orient. cette domination a été marquée par un système politique original, par l'expansion de la religion musulmane et celle de la langue arabe, par une activité économique considérable et par des réalisations culturelles et artistiques : tout cela a fait du monde arabo-musulman la première puissance de cette époque, et le souvenir de cet âge d'or est si présent dans l'esprit des arabes de notre temps que cela peut, dans une certaine mesure, expliquer quelques-unes de leurs réactions.

empty