Littérature générale

  • Philippe Dumas et Alain Paucard regrettent le temps où prendre un autobus en marche grâce à sa plate-forme était possible, où les buffets de gare n'étaient pas remplacés par des distributeurs de café. Ils ne regrettent pas pour le plaisir de regretter mais parce que la vie était plus agréable quand la laideur n'avait pas pris le dessus sur la poésie. Le passé rassure dans un monde qui inquiète. L'inventaire de Dumas et Paucard des formes et des situations disparues est l'amorce d'un renouveau. En tout cas, ils l'espèrent.

  • En 1230, le rabbin de Montpellier va officiellement demander aux inquisiteurs dominicains de brûler une oeuvre philoso- phique jugée hérétique : le Guide des égarés.
    Son auteur ? Moshé ben Maïmon, dit Maïmonique, médecin, savant, métaphysicien, et surtout le plus grand codificateur et le plus grand penseur du judaïsme.
    Esprit libre, il n'hésitera pas à examiner le judaïsme à l'aune de la philosophie, contre les dérives sectaires, fanatiques et mystique, ce dont il sera la victime à titre posthume.
    Philippe Haddad construit tout une fiction autour de ce per- sonnage et de sa vie, vie d'errance et paradoxalement d'écri- ture exigeante fondée sur la raison, garde-fou des ferveurs religieuses.
    En suivant les périples de la famille Maïmon, l'auteur redonne vie à de grands personnages tels Dominique, Averroès ou Sa- ladin, au coeur de ce XII e siècle si riche et tourmenté.
    Mais par-delà l'existence de Maïmonide, l'auteur pose la question toujours moderne de la tolérance religieuse. La re- ligion est d'abord l'affaire des hommes avant d'être celle de Dieu. Or les hommes sont des êtres en partage entre le bien et le mal, entre leur vérité et la vérité de l'autre. La sagesse l'emportera-t-elle sur la folie, l'amour sur la haine ? Au nom de Dieu, les hommes construiront-ils une êre de paix ou sont-ils voués aux conflits permanents en son nom ?
    L'Aigle de Dieu ouvre une question qui n'a pas fini d'interpel- ler toute notre humanité.

  • - Il fait jour, mais qu'est-ce que la lumière ?
    - Le lait dès nourrices de la nuit.
    Ainsi s'ouvre, dans les années 1150, un des textes les plus singuliers de la mémoire médiévale.
    Deux voyageurs érudits - un Viking en exil et un clerc ardennais, qui annonce déjà les mystiques rhénans - s'affrontent en un tournoi d'énigmes sur le mode scolastique de la disputatio.
    Mais d'emblée, c'est pour prendre avec lui les plus réjouissantes libertés.
    Partout ils bousculent le savoir de leur temps pour toucher à l'universel et, mêlant le politique au spirituel et les traditions païennes avec la foi chrétienne, replacent leur moyen âge entre le vieil Occident barbare et les mystères d'un Orient à venir, tour à tour dans un relent d'apocalypse ou en un cri d'espoir dans l'avenir de la lumière.
    Retrouvé en 1992, le texte latin est édité et traduit pour la première fois.
    Une préface de Jean-Claude Polet, et un riche apparat critique, aident à pénétrer, de l'autre côté du miroir que nous tend ce livre.
    J-D W Bruliant

  • Subtil jus de la treille, sur quels tons n'es-tu pas louangé ? Mais l'enivrant nectar n'est un bienfait de la nature que par la science de l'homme : son élaboration nécessite un savoir séculaire.
    Le vigneron " élève " ses cuvées au secret d'une cave, tel un alchimiste dans son antre. Il y a de la magie dans la transmutation d'un verjus en un vin gouleyant.

  • A la fin du XIXe siècle, Paul Sébillot entreprit de recueillir les légendes et les traditions d'un monde qu'il sentait disparaître sous les coups de l'industrialisation. Il le fit avec boulimie, publiant des ouvrages comme « les contes populaires de Haute Bretagne » ou « les contes des landes et des grèves ».
    Légendes et curiosités des métiers fut édité en 1894. C'est trente-quatre métiers que Paul Sébillot nous présente, avec leurs légendes, leurs coutumes. Certes, chacun connaissait l'échoppe du cordonnier, l'atelier du forgeron, l'établi du menuisier ou l'habileté de la brodeuse à son tambour. Mais que chuchotait la rumeur à propos de ces artisans ? Comment les considérait-on ? De quels racontars souffraient le meunier et sa garce de meunière ? Devait-on vraiment reprocher au tisserand de filer un mauvais coton ?...
    Pour répondre à toutes ces questions, l'infatigable chercheur prit son baluchon et parcourut la France, et l'ensemble des observations de cet homme à la sensibilité de peintre constitue le portrait quasi universel d'un artisan.

  • Aucun romancier n'aurait osé imaginer la vie d'un person- nage aussi étonnant que bernard de la serre. cette fois encore, la réalité dépasse la fiction !
       Fils d'un modeste métayer du béarn, bernard de la serre est né en 1646. rien ne le disposait à vivre de telles tribu- lations. Qu'on en juge plutôt !
    Après le séminaire où on l'a placé de force, il devient cha- pelain du régent d'Espagne, ce qui constitue déjà un avancement prodigieux. les épisodes qui suivent ne sont pas moins surprenants.
    L'abbé est capturé par les Barbaresques du Maroc, dans les bagnes desquels il croupit pendant cinq années.
    Racheté par les Trinitaires, il regagne la France où il ob- tient un confessionnal en l'église saint-roch, à paris.
    C'est là que, dix années durant, il devient le directeur de conscience de Monsieur, le frère de louis XiV. or, de conscience, monsieur n'en a guère. les scandaleux secrets que détient l'abbé de la serre lui valent d'être re- légué en une paroisse reculée de l'orléanais - l'envoyer dans la lune n'aurait pas été pire.
    Perdu dans l'immensité de la beauce, le prêtre sent se réveiller ses origines béarnaises, fortement teintées de calvinisme. le voilà qui accepte de marier les protestants des alentours. ce crime abominé lui cause quelques alarmes, sans pour autant le détourner de sa complai- sance envers les huguenots.
    Le chanoine bégon, cousin des colbert, jure la perte du fraudeur, qu'il dénonce au marquis de pontchartrain. le cas devient une affaire d'État. l'abbé de la serre est saisi au corps, embastillé, condamné aux galères à per- pétuité. il meurt à 61 ans, dans les fers de l'arsenal de Toulon, en 1707.
    Ce personnage haut en couleur était connu des historiens et des généalogistes, mais le manque de documents em- pêchait d'approfondir les recherches. l'affaire dite « du curé de Nids » restait une énigme.
    Gérard Boutet a eu une chance inouïe : celle d'exhumer des archives judiciaires jusqu'alors inédites. Ainsi a-t-il pu mener une véritable enquête policière et reconstituer l'iti- néraire de ce prêtre atypique. il s'est déplacé en béarn, en castille, en mille endroits où bernard de la serre s'était aventuré.
    Le livre qui en résulte ne pouvait que prendre le ton d'un roman picaresque.

  • Selon l'image populaire, c'était dans la forge du maréchal-ferrant que battait le coeur du village.
    Tôt levé, tard couché, l'artisan marquait de son marteau sur l'enclume la cadence de la vie rurale. On lui prêtait d'étranges connaissances, des pouvoirs surnaturels qui lui conféraient une autorité indiscutée.

  • Ala fin de chaque automne, la forêt se repeuplait des gagne-misère qui, pendant la belle saison, l'avaient désertée pour se louer par les champs et le villages, au gré des moissons et des battages.
    L'hiver ramenait les bûcherons au profond des futaies. C'était la société des bois qui, avec ses mentalités et ses coutumes, se reformait en marge du monde agreste.

  • L'abandon progressif de l'étalon-or et des taux de changes fixes depuis le début du XXe siècle a provoqué un vertigineux tourbillon: perte constante du pouvoir d'achat de toutes les devises; pyramides de crédit gagés sur le néant; déséquilibres monétaires, économiques et sociaux majeurs à l'intérieur des Etats et entre pays; "capitalisme fou"; mondialisation monopolistique et les guerres les plus meurtrières de l'Histoire!
    La crise des crédits gagés sur les emprunts immobiliers américains d'août/septembre ne fait que commencer. Elle sera suivie de l'effondrement du dollar, puis de toutes les monnaies de papier, les unes après les autres. Si la réforme complète du Système monétaire international n'est pas entreprise au plus vite, la Chine deviendra le "maître du monde" avec la complicité résignée des Etats-Unis, leuro implosera et l'Europe perdra sa puissance économique et politique.
    Pierre Leconte, en praticien et en théoricien des questions monétaires, nous prévient que nous sommes déjà entrés dans la Grande Crise monétaire du XXIe siècle, dont les effets seront pires que ceux de la Crise de 1929. Il nous donne quelques conseils pour protéger notre patrimoine et éviter qu'il ne parte en fumée.

  • Pourquoi l'équerre et le compas des maçons sont-ils devenus l'emblème des Compagnons du Tour de France, mais aussi des francs-maçons ? D'autres outils traditionnels, tels le marteau et l'enclume du forgeron, la faucille ou la faux du moissonneur, ont pris valeur d'emblèmes.
    Les sociétés initiatiques seraient-elles les seules à avoir revêtu ces vieux outils d'un manteau de symboles ? Le bon sens populaire aurait-il découvert en eux une analogie avec de grandes idées, des principes universels, une règle à observer ? La Bible usait déjà de la métaphore, les maîtres verriers des cathédrales faisaient figurer les outils des corporations d'alors sur les verrières des métiers.
    Au début du XXe siècle, la faucille et le marteau devenaient des emblèmes d'un idéal communautaire...

  • Propos d'outils : " Ce livre est bourré d'amusantes anecdotes ! - Oui, et on y apprend, mine de rien, plein de choses essentielles sur la vie des métiers...
    - Les techniques sont présentées d'originale façon. - Sans oublier 800 outils fort joliment croqués. - De rares gravures anciennes illustrent le propos et viennent rehausser la splendeur des photos. " Ces outils ont raison, ils savent de quoi ils parlent !

  • Le néant artistique abusivement appelé art contemporain est la lointaine suite de la crise de la peinture déclenchée par le progrès technique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Sous l'effet de cette crise, la religion de l'art inventée par le romantisme s'est trouvée privée de sens. La délirante sacralisation de l'artiste par la philosophie allemande, qui lui conférait le statut de voyant, de messie, de philosophe, a basculé au XXe siècle dans l'absurde, le dérisoire, voire l'abject.

    Tel est le prétendu art contemporain : une religion séculière de la falsification de l'art, où l'adoration de l'art a fait place à celle du soi-disant artiste, et où l'oeuvre d'art se trouve remplacée par n'importe quoi pourvu qu'il ne s'agisse pas d'art. Aussi bien tout cela est-il aujourd'hui très vieux. Dès les débuts du XXe siècle, les figures les plus radicales des avant-gardes avaient été au bout de la logique du remplacement de l'art par n'importe quoi. Tout ce qui s'est fait depuis dans ce sens n'est qu'une fastidieuse rabâcherie.

    Né de la volonté politique de la classe dirigeante américaine au temps de la guerre froide, le succès mondial du prétendu art contemporain est à beaucoup d'égards un accident de l'histoire. Il n'en reste pas moins que l'aberrant triomphe de cet ersatz d'art renvoie les sociétés occidentales actuelles à leur profonde déculturation.

  • - Mon premier est une invention de la Révolution française et du Romantisme.
    - Mon deuxième est un dieu pour les dévots de la Sorbonne.
    - Mon troisième est la belle évidence des biographes sentimentaux et des comédiens candides.
    - Mon quatrième est la plus étonnante imposture de la littérature française.
    - Mon tout se nomme Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.
    Le biographe Pierre Le Gall s'interrogeait : "Corneille a-t-il écrit les oeuvres de Molière...
    La question ne doit pas être posée. Elle ne le sera donc pas." Eh bien, cette question sera posée. Et la réponse est dans ce livre. On y apprend que Molière, dont on n'a jamais retrouvé aucun manuscrit, aucun brouillon, aucune correspondance, Molière, que personne n'a jamais vu écrire, est un homme aux multiples secrets. Après une minutieuse enquête basée sur les biographies les plus reconnues et les recherches les plus pertinentes, une conclusion s'impose : Molière est le porte-parole et le prête-nom de Pierre Corneille.
    Pendant plus de vingt années, derrière le masque du "premier farceur de France", Corneille va dénoncer les marquis ridicules, les Précieuses, les dévots trop mondains, l'étouffante hypocrisie ambiante. Tous ceux dont il avait souffert. Signe des temps, Louis XIV soutient le comédien. Et c'est ainsi que Molière le richissime va sauver Corneille le nécessiteux, permettant au véritable auteur des comédies, que ses contemporains disaient "fini", de développer toute la mesure de son génie.

  • Depuis le 11 septembre 2001, le terrorisme islamiste est associé au nom d'Al Qaeda.
    Mais dans l'ombre d'Oussama Ben Laden, il existe une puissante confrérie secrète. Composée de théoriciens de l'Islamisme, elle manipule les plus intégristes et tente de séduire les moins crédules. Son nom : l'organisation des Frères Musulmans. Créée en 1928 par l'égyptien Hassan Al Banna, sa doctrine révèle à elle seule le projet de ses disciples : "Dieu est notre but, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le jihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance".
    Ces derniers considèrent en effet qu'il ne peut y avoir d'organisation étatique sans que celle-ci repose juridiquement et politiquement sur l'Islam. Tout en formant les activistes de leur mouvement au Moyen-Orient et en Asie Centrale, les Frères Musulmans diffusent parallèlement, en Europe, un discours faussement rassurant sur leur vision réformatrice d'un Islam à l'occidentale. Pourtant, de Kaboul à Hambourg, de Riad à Londres et du Caire à Paris, leur organisation n'est jamais loin des kamikazes et des preneurs d'otages.

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