Millon

  • À la fin du XVIIIe siècle, la question de l'éducation des femmes est posée de manière insistante. Pour Laclos, il s'agit de combattre les idées établies et d'opérer une véritable révolution afin de libérer la femme, réduite par l'homme à l'état d'esclavage. La femme naturelle de ce livre, élevée dans la tranquille jouissance d'un corps libre, est le pendant de madame de Merteuil gagnant son autonomie dans une société pervertie par le mensonge et une connaissance des rapports de force, ce qui lui permet de développer des vues plutôt féministes sur l'égalité des sexes et l'éducation des jeunes filles. De l'éducation des femmes dénonce l'éducation donnée alors aux jeunes filles qui ne vise, selon lui, « qu'à les accoutumer à la servitude, et à les y maintenir ».

  • Si la Renaissance a été l'âge conquérant des grandes découvertes, dans les bagages des explorateurs et voyageurs se sont glissés le sexe et la mort. Se répand partout en Europe une maladie nouvelle, sexuellement transmissible, dont les enjeux scientifiques et sociétaux sont immenses. Morbus Gallicus, plus couramment nommée en français la « grosse (ou grande) vérole ». Également nommée mal français, mal napolitain, puis syphilis, la maladie devient au XVIe siècle un objet de débats non seulement parmi les savants mais dans la société tout entière. Avec l'apparition de la grande vérole, c'est tout le regard sur la sexualité qui se transforme.
    Anthologie de cent textes, les auteurs confrontent le discours de médecins, de savants, de voyageurs, mais aussi de poètes et de romanciers.

  • Assassin de jeunes innocents, égorgeur, violeur, éventreur, récidiviste, Vacher incarne à la fois l'ogre des contes d'archive et la figure du monstre criminel contemporain. Plusieurs ouvrages ont été consacrés à ce tueur hors du commun depuis le film de Bertrand Tavernier, Le juge et l'assassin, sorti en 1976.
    Cette archive permet avant tout de présenter l'affaire criminelle sous un nouveau jour. Ce qu'elle nous apprend est paradoxal : bien qu'un tueur en série constitue un coupable parfait, surtout s'il a avoué, le jugement d'un tel criminel pose de nombreux problèmes.
    Loin d'être la marche triomphale de la justice que l'on a décrite jusqu'ici, l'enquête sur Vacher a été difficile, tendue et son issue a été longtemps incertaine.

  • De 1872 à 1888, les cas de folie à Paris ont fortement augmenté; l'alcoolisme a doublé et les faits de violence liés à l'alcool deviennent de plus en plus nombreux. Médecin-chef à l'Infirmerie générale de la préfecture de police jusqu'en 1905, le Docteur Paul Garnier analyse ce qu'il appelle les «folies urbaines», par allusion aux éléments de causalité qui se trouvent réunis et accumulés dans la ville.

  • Ce dossier reprend l'histoire d'un fait divers qui fit grand bruit dans la France de 1824: Antoine Léger a violé et assassiné une petite fille âgée de douze ans et demi, dont il a dévoré une partie du cadavre et bu le sang. Après un procès à huis clos à la Cour d'assises de Versailles, Léger est condamné à la guillotine, sans montrer la moindre émotion.
    L'ouvrage reprend le cheminement qui fait du crime d'Antoine Léger une affaire judiciaire, puis un cas médical intéressant plusieurs générations de psychiatres à un moment où l'on scrutait l'intériorité des criminels et les ressorts moraux des actions humaines.

  • Au début de l'année 1826, un archéologue italien ramena d'Egypte à Paris une étrange momie.
    On aurait dit celle d'un singe, mais les dimensions du corps semblaient excéder celles de l'animal. On consulta Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. L'énigme ne résista pas à l'illustre fondateur de la tératologie moderne: les bandelettes dissimulaient le corps d'un homme, mais d'un homme monstrueux, privé de matière cérébrale. C'est par le récit de ce dévoilement qu'Ernest Martin a choisi d'entamer son Histoire des monstres (1880).
    Elle dit bien en effet le propos du livre : dissiper les superstitions et les erreurs qui, depuis la nuit des temps, voilent la nature des monstres humains. Mais l'ouvrage fait plus encore: au-delà d'une histoire de la tératologie, il rassemble une multitude de données qui inscrivent les monstruosités humaines dans leur histoire juridique, leur horizon théologique, la chronique de leurs exhibitions...
    Michel Foucault ne s'y était pas trompé, qui tira du livre d'Ernest Martin l'essentiel des matériaux du cours qu'il consacra au monstre, cette figure majeure, contre-nature et hors-la-loi, de l'anormal.

  • Directement adressé aux jeunes gens et à ceux qui sont chargés de leur éducation, Livre sans titre, parce que le sujet dont il traite ne peut être prononcé à voix haute.
    Jusqu'au XVIIIe siècle, l'onanisme intéresse davantage les théologiens que les médecins ; les pollutions, volontaires ou non, constituent un péché mortel au même titre que la sodomie ou la bestialité. L'intérêt des médecins s'éveille, eux qui n'avaient jusque-là disserté de l'onanisme que dans le cadre plus général des dangers liés aux abus vénériens. La parution en 1715 à Londres de l'ouvrage Onania, puis celle de L'onanisme de Tissot en 1760, marquent la fin de cette période de relative indifférence, et le début d'une obsession phobique bien connue, qui va durer jusqu'au XXe siècle et jusqu'à Freud.
    Si les traités médicaux, romans ou poèmes que les médecins écrivent sur l'onanisme sont nombreux, ils proposent tous des " tableaux " rhétoriques appelés à effrayer les masturbateurs et à les détourner de leur pratique, le recours à l'iconographie est inédit, et si le contenu du livre sans titre est peu original; ce sont les gravures qui en font tout l'intérêt. La série des seize gravures qui illustrent le livre commence par une gravure représentant l'avant, c'est-à-dire un jeune homme en buste, souriant, à la boutonnière fleurie, sur un fond de buisson de roses, et accompagné du commentaire suivant : " Vertueux, jeune et beau; il est l'espoir de sa mère. " ; puis suivent les manifestations des progrès du mal, où le commentaire redondant dramatise encore l'effet visuel. Le lecteur, au hasard des vignettes, peut ainsi s'identifier au malheureux, et se situer dans le temps à une distance plus ou moins angoissante du terme de l'aventure.

  • Le roi, de page en page est purgé et chanté : ne nous est épargné aucun détail des tourments subis pendant une cinquantaine d'années par le corps royal. C'est le quotidien physiologique du roi qui est exposé au vu et au su de tous en même temps que ce royal patient semble échapper à l'image figée, idéalisée, désincarnée, léguée aux musées de la mémoire. La pharmacopée, débordante de remèdes étonnants par leur étrangeté et par leur diversité, fait penser au joyeux désordre des cabinets de curiosité. Elle éclaire une partie non négligeable des conceptions thérapeutiques de l'époque, en abordant le versant obscur de cette histoire des médicaments, celui des résultats. Car le roi a guéri de quasiment toutes ses maladies mis à part de sa goutte, transformée en gangrène à la fin de sa vie. Le Journal de santé de Louis XIV est un monument d'histoire médicale et culturelle du XVIIe siècle. Sa réédition promet d'être un événement dans l'histoire de la médecine. Cette nouvelle édition dotée d'un appareil critique et d'un lexique de termes médicaux sera la seule édition disponible d'un texte abondamment cité mais introuvable.

  • Première traduction française par Georges Poyer du 11e chapitre du 3e volume du grand traité de Psychiatrie paru entre 1909 et 1915. Ouvrage de référence, parce qu'à la fi n du XIXe siècle, il introduit une notion toute nouvelle en psychiatrie, distinguant ainsi au sein des psychoses, deux formes : la folie maniaque-dépressive, dont il confi rmait pour la première fois la nature endogène, quasi constitutionnelle, et la démence précoce. L'auteur, en se servant de nombreuses observations cliniques, y décrit les formes de la maladie, ses symptômes et son évolution. Cité dans tout ouvrage consacré aux troubles de l'humeur, La Folie maniaque-dépressive a très directement inspiré les travaux des plus grands chercheurs actuels.

  • " dans ma carrière médicale, j'ai eu lieu de faire bien souvent d'amères réflexions sur le bonheur conjugal.
    Comme tout médecin digne de ce nom, j'ai été, quoique jeune encore, le dépositaire de petits secrets, de ces mille riens en apparence qui ont souvent, pour l'avenir d'un ménage, des conséquences importantes. c'est le fruit de mes pensées reposant sur l'ensemble de connaissances pratiques que je me propose d'offrir au lecteur. ii est logique, avant d'exposer l'in extenso une loi dont l'application peut contribuer à maintenir l'harmonie dans de nombreuses familles, et, pour ces motifs, resserrer les liens des époux, il est logique, dis-je, d'appeler l'attention des futurs maris et de ceux qui ont acquis cette dignité sur certaines considérations propres à assurer leur bonheur.
    Il est sérieusement à désirer que certaines notions exactes sur l'oeuvre de chair soient connues du candidat à l'hymen bien avant qu'il accomplisse l'acte solennel. " ch. montalban.

  • Abdeker, ou l'art de conserver la beauté (1754) raconte l'histoire d'un amour interdit entre abdeker, un jeune médecin attaché au soin des femmes du sérail du sultan à constantinople, et la splendide fatmé, joyau, par son inégalable beauté autant que par sa douceur d'âme, de ce même sérail.
    Pour déjouer la méfiance des eunuques et multiplier les occasions de rendre visite à sa bien-aimée, abdeker entreprend de lui transmettre tous les moyens pour une femme de conserver la beauté. causes physiques, causes morales, rien n'est omis ; il pénètre jusque dans le sanctuaire des plaisirs, tout en se gardant, prétend-il, d'effaroucher les grâces qui en gardent l'entrée. la forme singulière de cet ouvrage piquera sans doute la curiosité des lecteurs.
    Abdeker est un médecin, mais un médecin amoureux qui initie sa maîtresse, la plus belle femme de l'univers, dans tous les mystères de la beauté ; et après avoir lu son livre, on est instruit de tous les secrets de son art, en croyant n'avoir lu que l'histoire de ses amours.

  • L'étude d'Ambroise Tardieu est la première spécifi quement consacrée aux attentats aux moeurs. Elle révèle les progrès de la médecine légale au milieu du XIXe siècle : professionnalisation de l'expertise, approfondissement des descriptions anatomiques, recours à une chimie savante identifi ant les taches de sperme et de sang. Le corps est devenu le seul témoin auquel le médecin a recours pour indiquer le « mal » : peau, organes et muscles sont la cartographie des traces violentes, inspectés comme jamais ils ne l'avaient été.

  • Les articles réunis examinent isolément différents aspects de la vie quotidienne, l'hygiène de la peau et de la bouche, le bon usage de la culotte, de la cravate, ou du pain d'épice, mais aussi la piquette, les ivresses frénétiques, les baisers bouche à bouche, les poltrons, la nostalgie. ; ils dressent un état des lieux en fonction d'enjeux qui sont forcément contradictoires. Le rédacteur retrace les péripéties de l'histoire ancienne et moderne, mais demeure aveugle sur l'avenir ; il n'a pas pressenti l'anglomanie des années Louis-Philippe, la culotte supplantée par le pantalon, et le mal du pays remplacé par le spleen. Le seul avis péremptoire qu'il s'autorise à donner, et qui lui semble régi par l'évidence, c'est au sujet de la jarretière : les femmes en porteront toujours, écrit-il en confiance et imprudemment.

  • Au milieu du XIXe siècle, Frame tient un journal de bord, dont les chapitres sont autant de petits bijoux de précision : sur le suicide mélancolique, la nature de la folie, le fanatisme dans ses rapports à la folie, l'organisation thérapeutique de l'asile et les soins...
    Frame n'a pas peur de dire le vrai ; comme Hamlet, il refuse les semblants, et son témoignage enseigne sur la folie bien mieux que maints traités modernes.
    Le texte est traduit pour la première fois en français ; il est suivi d'un dossier sur la mélancolie et les apports contemporains.

  • Un corps partagé ; agonie et demembrement de Léon Gambetta Nouv.

  • À la fois hommes de marbre, géants couronnés et statues de chair, les rois mouraient un jour sur la scène du pouvoir. Une accumulation de fatigue, une fièvre inattendue, une gangrène inévitable, un coup de lance mal placé et des souffrances en tout genre les ramenaient au stade d'êtres comme les autres, suspendus au jugement de médecins parfois mal inspirés. Lancettes, clystères et pilules pouvaient se succéder dans un cortège médicamenteux aux senteurs de rhubarbe, de casse et de séné. Les clercs n'étaient pas en reste avec leur formidable thérapeutique spirituelle composée d'oraisons, de lectures pieuses et de prières. Les derniers jours ne pouvaient pas passer inaperçus et rares étaient ceux qui, suite à une maladie ou à un accident, se réfugiaient dans la solitude des ermites. Leur dernier coup de majesté était là, sous le regard des médecins et des indiscrets, près de l'oreille tendue des confesseurs et des laquais, sous les larmes de proches plus ou moins sincères.

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