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L'ère des empires 1875-1914
Eric john Hobsbawm
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 22 Février 1989
- 9782213022161
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La crise de la conscience européenne
Paul Hazard
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 28 Novembre 1989
- 9782213024370
"La majorité des Français pensait comme Bossuet: tout d'un coup, les Français pensent comme Voltaire: c'est une révolution", écrivait Paul Hazard dans ce livre désormais classique. De 1680 à 1715 s'affrontent en effet les idées les plus contradictoires et les plus puissantes. L'ordre classique, qui avait repris force après la Renaissance, paraissait éternel. Or, vers 1680, tout se met à bouger. Un air extérieur semble souffler dans le solennel édifice; des esprits ont l'audace de prétendre que les Modernes valent bien les Anciens, que le progrès doit l'emporter sur la tradition, la science sur la foi. "Il s'agissait de savoir si l'humanité continuerait sa route en se fiant aux mêmes guides ou si des chefs nouveaux lui feraient volte-face pour la conduire vers d'autres terres promises." Une époque charnière donc, où l'esprit de doute surgit partout. Le goût des récits de voyage élargit les horizons et ébranle les certitudes acquises; on discute de la Bible, de l'authenticité des textes sacrés, des mystères; les libres penseurs font la guerre à la tradition; on parle de religion naturelle, de mort naturelle, de droit naturel, on rêve d'une ère de bonheur terrestre fondée sur la raison et sur la science, les philosophes prônent la tolérance. C'est ce formidable bouillonnement d'idées et d'hommes que décrit Paul Hazard, retraçant ici en quelque sorte l'histoire des origines de l'Europe contemporaine.
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" A la recherche de la peur ", l'historien Jean Delumeau a réussi une peinture sans précédent de l'Occident du XIVe au XVIIIe siècle, tout à la fois histoire des mentalités, histoire de la vie quotidienne.L'auteur dépeint:I. " Les peurs du plus grand nombre " (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.);II. " La culture dirigeante et la peur " (l'attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents _ le juif, la femme _, la sorcellerie...).Né à Nantes en 1923, agrégé d'Histoire, Jean Delumeau est depuis 1975 professeur au Collège de France. Il a derrière lui une oeuvre importante, marquée par des ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. Sa thèse sur Rome au XVIe siècle a été rediffusée dans une collection pour le grand public. La Civilisation de la Renaissance a obtenu le prix Gobert de l'Académie française en 1968. Les deux livres de la " Nouvelle Clio ", Naissance et affirmation de la Réforme et Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, ont ouvert de nouvelles voies à l'historiographie religieuse. Enfin, Le Christianisme va-t-il mourir? continue de connaître un grand succès. Jean Delumeau est directeur de la collection " Les Temps et les Hommes " (Hachette) et codirecteur de la " Nouvelle Clio " (P.U.F.).
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Louis XIV et vingt millions de français
Pierre Goubert
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 1 Novembre 1991
- 9782213026022
Peu de livres, en ce XXe siècle, ont, autant que celui-ci, paru en 1966, marqué non seulement la corporation des historiens mais aussi le public. Eblouissant par la nouveauté du propos comme par le style, il fut en son temps salué _ ou dénoncé _ pour sa force de suggestion et son caractère corrosif, voire iconoclaste. Pour la première fois ou presque, il ne s'agissait plus de statufier (ou encore de dénigrer) le Grand Roi, mais de faire le portrait d'une société dans son épaisseur et sa complexité, et de saisir les ressorts du dialogue (souvent difficile) qu'elle entretenait avec son souverain.Ce livre a ouvert à la recherche de multiples chantiers, souligné des lacunes, indiqué des pistes. Vingt-cinq ans après, les travaux _ souvent d'une exceptionnelle qualité _ qu'il a suggérés ont très largement confirmé et établi ce qui avait pu apparaître aux censeurs de 1966 comme une série d'intuitions hardies et d'assertions arbitraires. En des pages nouvelles, Pierre Goubert en dresse ici un bilan qui précise, complète, enrichit ce " grand classique " qu'est devenu et demeure Louis XIV et vingt millions de Français.Professeur émérite à l'université de Paris-I, Pierre Goubert est le meilleur spécialiste actuel de l'Ancien Régime. Il est l'auteur, chez Fayard, de très grand succès: Initiation à l'histoire de la France (1984) et Mazarin (1990).
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Le mélange des cultures et les métissages qui en résultent aux quatre coins de la planète semblent bouleverser nos repères traditionnels. Mais s'agit-il de phénomènes vraiment nouveaux ? L'uniformisation des cultures n'a-t-elle pas commencé en Amérique, dans le chaos qui a suivi la conquête, quand l'Ancien Monde et le Nouveau Monde se sont mêlés ? Deux populations que tout séparait - les croyances, la langue, leurs façons de vivre durent déjà apprendre à coexister, et leurs conceptions de l'univers, leurs imaginaires s'imbriquèrent peu à peu. Dès la Renaissance, la colonisation occidentale a ainsi entraîné une première vague de métissages, qui, sous leurs différentes formes, préfigurent ceux que nous connaissons à l'aube du IIIe millénaire.
"Deux cultures différentes peuvent-elles s'harmoniser ? ", se demande Macunaïma, le héros d'un célèbre roman brésilien, qui tente d'échapper au dilemme de sa double appartenance. Pour répondre à cette question, le Mexique espagnol offre des pistes précieuses. Les fresques réalisées par les artistes indigènes sur les murs des couvents, les chants et les fêtes qu'ils ont adaptés à la mode européenne, les plans de ville qu'ils ont dessinés à la demande des conquérants : tous ces témoignages, où l'inspiration indienne est indissociable de l'influence occidentale, illustrent la naissance d'une "pensée métisse". Serge Gruzinski nous en propose une magistrale exploration, en montrant comment des sierras du Mexique à la Florence des Médicis, des films de Greenaway au cinéma de Hong Kong, les idées, les arts et les cultures n'ont cessé, par delà les frontières, de se mélanger.
Directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS, Serge Gruzinski a publié de nombreux ouvrages sur le Nouveau Monde, dont, avec Carmen Bernand, l'Histoire du Nouveau Monde (tome I : De la découverte à la conquête ; tome II : Les Métissages). Il est aussi l'auteur de l'Histoire de Mexico. -
Le Meilleur pain du monde : Les boulangers de Paris au XVIIIe siècle
Steven l. Kaplan
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 10 Janvier 1996
- 9782213595962
Le bon pain d'autrefois, le pain fait à l'ancienne : autant d'expression qui évoquent un temps où le pain était au coeur de la vie, où le partage du pain en famille ou au travail était un geste quotidien et l'offrande de pain bénit un rituel dominical.
Pour comprendre le sens de ces traditions, il faut imaginer le Paris du xviiie siècle. Des fournils aux étals des marchés, les activités liées au pain animent la ville, de jour comme de nuit. Le pain est alors une denrée de première nécessité, et la boulangerie un véritable service public qui mobilise sans cesse la police. Mais sa fabrication ne relève pas que du savoir-faire du boulanger, elle dépend d'un environnement que nul ne peut maîtriser, et la peur même d'en manquer en fait un symbole. Que le pain gris remplace le pain blanc - le pain que préfèrent les Parisiens - et les voilà dans la rue. « Si le pain ne diminue, nous exterminerons le roi et tout le sang des Bourbons », proclament des affiches lors du couronnement de Louis XVI. Quinze ans plus tard, les femmes iront à Versailles chercher « le boulanger », car c'est au roi qu'il revient d'assurer la subsistance de ses sujets.
Steven Kaplan fait revivre de façon magistrale cette longue chaîne du pain à laquelle toute la ville participe, et en premier lieu les boulangers. Acteurs trop oubliés de la vie politique et économique de l'Ancien Régime, ils forment l'une des plus anciennes corporations de Paris et n'en respectent pas toujours les règles : si les maîtres boulangers sont censés révéler les secrets de leur métier à leurs apprentis, ceux-ci sont souvent corvéables à merci. Rares sont les compagnons qui réussiront à s'établir. En fin de compte, la réputation des maîtres boulangers est leur capital le plus précieux, puisqu'elle leur assure à la fois le crédit de leurs fournisseurs et la fidélité de leur clientèle. Pour avoir le « privilège » de faire le meilleur pain du monde, il faut aussi savoir faire commerce et même bien choisir son épouse.
Steven L. Kaplan est professeur d'histoire européenne à Cornell University. Il a publié, entre autres, Les Ventres de Paris. Pouvoir et approvisionnement dans la France d'Ancien Régime (Fayard, 1988) et Adieu 89 (Fayard, 1993). -
Naissance de la noblesse
Karl-ferdinand Werner
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 26 Août 1998
- 9782213021485
Les élites qui ont dominé l'Europe ont des racines communes. Dans ce magistral essai sur la genèse du pouvoir politique. Karl Ferdinand Werner montre en effet que c'est Constantin le Grand qui a fait entrer à son service des hauts fonctionnaires, organisés selon le modèle de l'armée romaine, et dont la fonction était de gouverner et protéger les hommes tout en servant Dieu et l'empereur. Dès le IVe-IXe siècle s'est ainsi mise en place une société hiérarchique, société de classe avant la lettre, acceptée par tous car considérée comme l'expression de la volonté divine.
Cette "noblesse" chargée d'assurer le "service public", lui-même héritage de l'Empire romain, est à l'origine de l'Etat chrétien des IVe-XIe siècles, qui passent pour avoir été une longue période d'anarchie alors qu'il existait déjà les véritables institutions étatiques. Dans le monde franc, comme dans les autres royaumes chrétiens, ces dignitaires, dont les titres et les attributions n'étaient pas encore héréditaires, étaient formés à la cour, centre de l'administration et de la justice. Les Mérovingiens puis les Carolingiens firent de l'Eglise une seconde noblesse en donnant aux évêques de nombreuses compétences aussi bien politiques que juridiques. C'est en s'appuyant sur ces élites, à la fois ecclésiastiques et laïques, que Charlemagne et Louis de Pieux purent réaliser en grande partie la haute idée qu'ils se faisaient du gouvernement des hommes. Charlemagne créa aussi des vassaux, qui lui étaient liés par un serment personnel et qui avaient pour mission de surveiller les autres nobles. Cet Etat vassaliques survécut à la royauté carolingienne, ouvrant la voie à des transformations capitales pour la noblesse d'Occident. A partir du XIe siècle, les grands vassaux prirent la tête de principautés territoriales, désormais héréditaires. L'âge de la chevalerie et la civilisation courtoise s'annonçait.
Ce sont donc les fondements de l'Europe chrétienne que cet ouvrage met en lumière, nous invitant à revoir une vision trop étroite de notre histoire et à nous défaire des préjugés qui obscurcissent notre compréhension du passé pour prendre la mesure de tout ce que notre civilisation doit au modèle aristocratique.
Karl Ferdinand Werner, membre de l'Institut, est l'un des meilleurs connaisseurs du monde franc. Il a enseigné à l'université de Heidelberg et de Mannheim avant de diriger l'institut historique allemand de Paris (1968-1989). Son livre Les origines, premier tome de l'"Histoire de France" dirigée par Jean Favier, a eu un très grand succès. -
De l'or et des épices ; naissance de l'homme d'affaires au Moyen-Age
Jean Favier
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 4 Novembre 1987
- 9782213020693
Entre le temps des foires de Champagne et des premières audaces au-delà de Gibraltar et celui des Médicis et des Fugger, le marchand médiéval s'est mué en homme d'affaires. Ses horizons se sont élargis, ses ambitions ont dépassé le monde de la marchandise, ses techniques se sont enrichies. Il a appris à connaître et à maîtriser ses affaires, il a créé ces formes du crédit qui vont devenir le jeu bancaire, il sait prendre et limiter ses risques. Il s'est fait organisateur de la production. Il a inventé le capitalisme et intégré l'économie dans la vie politique.A l'heure de la Renaissance, il y a toujours du monde dans la boutique et l'atelier, mais l'or et les épices auront donné à l'Europe des princes et des mécènes.Jean Favier est né en 1932. Membre de l'Institut, directeur général des Archives de France, il est aussi professeur à l'université de Paris-Sorbonne et directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il s'est fait connaître par de nombreux travaux sur les finances médiévales et sur les structures économiques et sociales de Paris à la fin du Moyen Age. Ses livres sur Philippe le Bel, sur La Guerre de Cent Ans, sur François Villon ont tous connu un grand succès. Il dirige l'Histoire de France (Fayard) dont il a lui même écrit le tome II, Le Temps des principautés.
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La France de Richelieu
Michel Carmona
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 26 Septembre 1984
- 9782213013466
Les paysans sont-ils des bêtes? Faut-il excommunier les buveurs de chocolat? Un mouchoir sert-il à cracher dedans ou à couvrir la gorge des jolies femmes? Le don des langues est-il une preuve de diablerie? Est-il vrai que les Chartreux ont la grâce d'être à jamais exempts des morsures de punaises? Un Français catholique est-il plus proche d'un Espagnol catholique que d'un Français protestant? Telles sont quelques-unes des questions qui agitent la société française du temps de Richelieu.
Ne nous y trompons pas: nos ancêtres de ce premier XVIIe siècle, " siècle des héros et des saints ", sont infiniment proches de nous. Ils inventent le patriotisme et le sens de l'Etat, la pression fiscale, l'armée permanente, les grandes manufactures, une façon d'habiter dans les villes qui est déjà la nôtre. Siècle de Descartes et de la raison raisonnante, de l'Académie française et du bien parler, du théâtre classique et des bienséances, de la gastronomie française et de la presse d'opinion. Siècle de l'absolutisme et du jansénisme, où voisinent l'ombre équivoque du Père Joseph avec son cortège d'espions, Théophraste Renaudot, la marquise de Rambouillet et saint Vincent de Paul, siècle de mousquetaires et de ribaudes, d'artistes et de sorcières, de lyrisme et de calcul, de discordes et d'union nationale, c'est la France de Richelieu, première image de la France moderne.
Michel Carmona, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé d'histoire, est l'auteur d'un Marie de Médicis (Fayard, 1981) d'un Richelieu (Fayard, 1983) des Diables de Loudun (Fayard, 1988). -
Le monde des salons : Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle
Antoine Lilti
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 19 Octobre 2005
- 9782213622927
Ilest banal de dire que le XVIII siècle a vu se déplacer la vie sociale de la Cour vers la Ville, de Versailles vers Paris. Mais il ne suffit pas d'énumérer des anecdotes prenant pour cadre les salons de Mmc du Deffand et de Mmc Geoffrin, et de citer les écrivains ou les artistes qui les ont fréquentés. Ce qu'il faut comprendre, c'est la signification historique d'une forme de sociabilité. Ce livre offre, pour la première fois, une véritable histoire sociale et culturelle des salons parisiens du XVIII siècle, et permet de réviser de nombreuses idées reçues. Ces salons n'étaient pas, comme on le dit trop souvent, des lieux de discussion critique permettant de diffuser largement les idées des Lumières, mais bien plutôt les centres de la sociabilité mondaine, dévolus aux plaisirs de la table et du mot d'esprit, au théâtre de société comme aux intrigues politiques. C'est dans les salons que se recomposent les identités aristocratiques, que se forment les réputations littéraires et politiques, et que se prépare l'accès à la Cour. Le loisir lettré et les pratiques culturelles des salons deviennent alors un élément essentiel de la distinction aristocratique et de l'imaginaire national, tandis que de nombreux écrivains des Lumières adhèrent aux pratiques et aux idéaux des élites parisiennes et de la noblesse de Cour.
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Les racines chrétiennes de l'Europe ; conversion et liberté dans les royaumes barbares, V-VIII siècle
Bruno Dumézil
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 26 Octobre 2005
- 9782213622873
Pourquoi l'Europe est-elle devenue chrétienne ? Une évangélisation pacifique des populations a bien évidemment existé ; mais très tôt la force, et notamment la force publique vint s'ajouter ou se substituer au pouvoir de conviction des prédicateurs. Malgré la qualité de leur appareil législatif et administratif, les empereurs romains ne parvinrent cependant jamais à convertir l'ensemble de leurs sujets. Lorsque le dernier d'entre eux fut déposé en 476, l'Occident passa définitivement sous la domination de rois germaniques, dont à cette date aucun n'était catholique. Les politiques civiles de coercition religieuse disparurent et l'on put même douter que le christianisme survive à l'anéantissement de l'Empire.
Pourtant, trois siècles plus tard, l'Europe ne connaissait plus qu'une seule religion, le christianisme, et dans sa variante catholique, non pas arienne. Pour les contemporains, le phénomène parut mystérieux, car il était paradoxal. Les peuples barbares, vainqueurs de la puissance romaine, avaient accepté de se soumettre à la religion de leurs vaincus De façon plus extraordinaire encore, des évêques isolés et des législateurs d'États embryonnaires étaient parvenus à réaliser ce que Rome n'avait pas même rêvé d'accomplir. Comparer l'ampleur des réalisations à la modestie des moyens ne peut qu'amener à réviser l'idée que le christianisme a été imposé par la force. À moins que notre définition de la contrainte religieuse se révèle imparfaite face aux mentalités de ces siècles obscurs... Dans un âge d'inquiétude, la participation collective à des rituels d'unanimité ou la reconnaissance de signes surnaturels ont pu fléchir les consciences, sans pour autant les violer. De multiples facteurs sociaux, économiques ou culturels et intellectuels se sont superposés, comme autant de formes de pression subtiles qui amenèrent les individus au baptême (l'attitude changeante des monarques barbares envers les juifs fournit aussi quelques intéressants points de comparaison.).
Étendue dans l'espace à toute l'Europe occidentale sur pas moins de trois siècles, cette enquête rigoureuse et nuancée restitue ainsi le passage de l'Occident au christianisme dans toute sa complexité. En multipliant les angles de vue, elle propose une nouvelle approche du concept de liberté religieuse en un temps où convaincre et contraindre ne constituaient pas nécessairement des démarches opposées. Ce livre fera date. -
Des vaisseaux et des hommes : la marine de Louis XV et Louis XVI
Patrick Villiers
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 13 Octobre 2021
- 9782213681276
Actrice centrale de la croissance du royaume autant que des enjeux géopolitiques qui s'écrivent au XVIIIe siècle à l'échelle du monde, la marine est au coeur de cette synthèse unique réalisée par le grand spécialiste du sujet en France.
Marine royale et marine de commerce françaises ne furent sans doute jamais aussi fortes qu'en 1789. La France maritime, et particulièrement la France des ports, est alors le moteur de la croissance du royaume. Or, à la suite des traités d'Utrecht (1713), le pays a perdu une partie de son empire colonial. En échange d'une paix sur mer de près de trente ans, le Régent puis le cardinal de Fleury ont sacrifié la marine de guerre. Directement victime des choix budgétaires et d'une politique continentale calamiteuse, elle s'effondre sous Louis XV. Par la victoire de la Chesapeake, cette marine donne pourtant leur indépendance aux États-Unis d'Amérique et permet ainsi un nouvel ordre européen.
Par-delà le rôle indiscutable de grands ministres tels Maurepas, les Choiseul, Sartine ou Castries, Patrick Villiers restitue un siècle d'histoire d'une marine de guerre française encore trop méconnue. Il dresse le portrait de ces hommes et de leurs vaisseaux, de leurs combats et de leurs engagements, autant que de l'incompréhension dont ils firent l'objet de la part d'une société de cour tournée bien plus vers la terre que vers la mer. -
Les Filles de Marianne : Histoire des féminismes (1914-1940)
Christine Bard
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 8 Février 1995
- 9782213593906
Marianne ne se serait-elle pas montrée ingrate envers ses filles en leur refusant une intégration qu'elles souhaitaient ardemment? Les féministes de la IIIe République réclamaient déjà l'égalité des sexes, et leur histoire-bataille, trop méconnue, méritait un récit.
Parmi elles, bien des personnalités attachantes ou surprenantes. Adrienne de Sainte-Croix, en lutte contre la prostitution réglementée, Cécile Brunschwicg, sous-secrétaire d'Etat en 1936, Louise Weiss qui médiatise la campagne suffragiste, Madeleine Pelletier, l'audacieuse théoricienne de la virilisation des femmes, Hélène Brion, l'institutrice pacifiste, et beaucoup d'autres encore: autant de façons d'être féministe qui traduisent aussi des convictions politiques.
Leurs revendications sont inexorablement retardées par la Grande Guerre, puis, dans les années trente, par la crise économique et la montée des périls extérieurs. Qu'il s'agisse de la vie privée, de la vie publique ou du travail, leur désir de s'émanciper suscite sans cesse la crainte de l'indifférenciation sexuelle. Face à une République qui leur résiste, les féministes se montrent dignes de la citoyenneté, mais leur civisme ne sera récompensé qu'en 1944. A travers leurs plaidoyers ou leurs correspondances se lisent les espoirs d'une génération de pionnières.
Christine Bard, née en 1965, docteur en Histoire, enseigne à l'université d'Orléans. Elle a publié plusieurs articles sur le syndicalisme et le féminisme et a dirigé le colloque Madeleine Pelletier (université de Paris-VII, 1991) publié chez Côté-femmes, 1992. -
Le grand marché : L'approvisionnement alimentaire de Paris sous l'Ancien Régime
Reynald Abad
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 12 Juin 2002
- 9782213611440
EXCEPTIONNEL OUVRAGE DESTINÉ AUX AMATEURS D'HISTOIRE COMME AUX AMATEURS DE GASTRONOMIE.
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De la Cour d'Espagne au ghetto italien : Isaac Cardoso et le marranisme au XVIIe siècle
Yosef Hayim Yerushalmi
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 26 Août 1987
- 9782213017150
De la Cour d'Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps _ dont Lope de Vega _ qui le tinrent pour l'un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l'Espagne et se réfugie en Italie. A Venise d'abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l'un des plus beaux textes de l'apologétique juive: Las Excelencias de los Hebreos.A travers cette biographie peu commune, Yosef Hayim Yerushalmi a profondément renouvelé la vision du marranisme. Pour la première fois, l'histoire des Crypto-Juifs d'Espagne et du Portugal n'était plus saisie dans une seule dimension _ espagnole ou juive _ mais dans le contexte des structures sociales, de la culture et de l'antisémitisme chrétiens de la péninsule ibérique et d'un judaïsme alors bouleversé par des courants messianiques. Elle révélait les mille canaux par lesquels la culture juive irriguait l'identité du marranisme.Cette enquête historique modèle, pistant les hommes, traquant les faits ignorés ou refoulés, découvrant des archives inédites, mesurant la véritable ampleur d'un des phénomènes clés de l'histoire du judaïsme et de l'histoire hispano-portugaise, fait, depuis sa publication en langue anglaise, figure de classique.Yosef Hayim Yerushalmi est professeur à l'Université Columbia, où il occupe la chaire Salo Wittmayer Baron d'histoire, de culture et de société juives et où il dirige le Centre d'études juives et israéliennes. Membre de l'American Academy of Arts and Sciences, membre honoraire de l'Academia Portuguesa da História, il est notamment l'auteur de Zakhor. Histoire juive et mémoire juive, dont la publication en langue française (1984) fut saluée comme un événement.
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La fin des corporations
Steven l. Kaplan
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 17 Janvier 2001
- 9782213608297
Les communautés d'arts et métiers sont une clef essentielle pour comprendre l'Ancien Régime, puisqu'elles réglementaient l'organisation du travail dans les villes et assignaient à chacun une place dans la hiérarchie de la société. Quels pouvoirs détenaient-elles ? Etaient-elles une barrière contre l'anarchie ou une entrave à la liberté des individus et du commerce ? Ces questions sont au coeur des débats sur la modernisation qui ont enflammé la France des Lumières. En 1776, Turgot, le ministre philosophe, tente de les abolir, mais le vaste mouvement de résistance qu'il soulève le contraint à reculer. Necker impose alors, avec plus ou moins de succès, un corporatisme d'Etat, à la fois plus souple et plus rationnel. Les nouvelles communautés qui se forment aux quatre coins du royaume ne sont abolies qu'en 1791, preuve qu'au début de la Révolution elles constituaient encore, malgré les critiques, l'un des piliers de l'ordre social et politique. Dans ce récit de la lente agonie des corporations, Steven Kaplan fait revivre maître, apprentis et compagnons, montrant les conflits et les tensions qui agitaient souvent échoppes et ateliers derrière la fraternité affichée. Ce tableau coloré démystifie les visions caricaturales d'une institution dont l'histoire a longtemps été trop idéalisée avant de tomber dans l'oubli. Steven L. Kaplan est professeur d'histoire européenne à Cornell University. Il a publié, entre autres, Les Ventres de Paris. Pouvoir et approvisionnement dans la France d'Ancien Régime(Fayard, 1988) et Le Meilleur Pain du monde. Les boulangers de Paris au XVIIIe Fayard, 1996).
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Le sacrifice humain chez les Aztèques
Michel Graulich
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 19 Janvier 2005
- 9782213622347
Nulle part le sacrifice humain officiel, organisé par l?Etat, n?a été plus répandu que dans l?ancien Mexique. Les Aztèques eux-mêmes se vantent d?avoir immolé en trois ou quatre jours quelque 80 400 guerriers pour l?inauguration de leur Grand Temple en 1487. Cette pratique, qui nous paraît barbare, mais que toute une tradition tente de minimiser ou de justifier reste particulièrement difficile à comprendre. On dit parfois que le XXe siècle a vu bien pis avec ses génocides, mais le fait de sacrifier des ennemis n?empêchait nullement les Aztèques d?exterminer en plus des cités entières. Il est vrai aussi que bien d?autres civilisations ont immolé des hommes aux dieux, mais elles ont en général fini par passer au sacrifice animal, ou même, comme le christianisme, au sacrifice non sanglant.
Comment comprendre alors le cas des Aztèques ? Pourquoi ces mises à mort nombreuses, variées et raffinées ? Pourquoi cette implication de la société tout entière, les rois, les nobles et les prêtres, les sacrifiants ? seigneurs, guerriers victorieux, riches marchands ou artisans ?, et enfin l?ensemble des habitants, sans compter ceux d?autres cités parfois contraints, sous peine de mort, d?assister aux cérémonies ?
Les victimes sont présentées à la population qui les adopte et reste en contact avec elles. Certaines incarnent l?une ou l?autre divinité et se promènent pendant des jours dans la ville. Lorsqu?on les immole et les mange, c?est la divinité même qui meurt et renaît à travers elles. Ceux qui les offrent, les sacrifiants, les accompagnent depuis la capture ou l?achat jusqu?à la mise à mort, lorsqu?ils les conduisent au pied du temple ou de la pierre de sacrifice. Connus et visibles du début jusqu?à la fin, ils organisent les banquets finaux durant lesquels on mange l?homme-dieu, ils en conservent des reliques et gagnent du prestige, des richesses et des chances de survie dans l?au-delà. L?ampleur de la cérémonie glorifie la cité et écrase les rivaux invités à y participer. Mais les mises à mort massives de prisonniers de guerre sont aussi des meurtres inspirés par la vengeance, des meurtres dont ceux qui y assistent fascinés sont en fait complices, ce qui doit accroître le sentiment d?appartenance au groupe et renforcer sa cohésion. -
Histoire de la vieillesse ; de l'Antiquité à la Renaissance
Georges Minois
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 28 Janvier 1987
- 9782213019307
Chaque société a les vieillards qu'elle mérite: l'histoire antique et médiévale le démontre amplement. Chaque société sécrète un modèle d'homme idéal, et c'est de ce modèle que dépend l'image de la vieillesse, sa dévaluation ou sa mise en valeur. La Grèce classique, tournée vers la beauté et la force, relègue les vieux à une place subalterne. Au Moyen Age, le vieillard joue son rôle tant qu'il peut tenir le goupillon, l'épée, la bêche ou le livre de comptes. La seule limite est l'incapacité physique. En fait, il n'y a pas de troisième âge: il y a la vie et la mort. A partir du XIVe siècle, le poids des vieux s'accroît dans la société et entraîne un regain de critique contre les vieillards. La satire des mariages entre des hommes âgés et des jeunes femmes revient à la mode, comme elle l'était à l'âge de Plaute. Quant à la Renaissance, elle renoue avec les idéaux des Gréco-Romains. Ronsard recommande de cueillir " les roses de la vie ", mais dans le même temps, les vieillards actifs n'ont jamais été aussi nombreux: l'amiral Doria, septuagénaire, lutte contre l'octogénaire Barberousse, Michel Ange atteint 89 ans et Le Titien, 99...L'ambiguïté fondamentale de l'attitude envers la vieillesse se retrouve cependant tout au long des siècles, car si le vieillard se plaint de son grand âge, il en tire gloire et cherche à prolonger ses jours. La fontaine de jouvence n'a-t-elle pas toujours été le plus fol espoir de l'homme occidental?Né en 1946, agrégé, docteur en Histoire et docteur ès Lettres, Georges Minois est spécialisé dans l'histoire des mentalités religieuses du Moyen Age et de l'Ancien Régime. Il a consacré sa thèse d'Etat à la réforme catholique en Basse-Bretagne. Il enseigne actuellement à Saint-Brieuc.
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Histoire des filles de la charité Tome 2 ; XIXe-XXe siècle
Matthieu Brejon de lavergnée
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 30 Mai 2018
- 9782213709796
Qui ne connaît, au moins par leur riche iconographie, les célèbres cornettes des Filles de la Charité ?
Fondée par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac au xviie siècle, la petite communauté parisienne a rapidement gagné la France des villes et des villages pour devenir la principale congrégation de soeurs actives à la fin de l'Ancien Régime. « La rue pour cloître » : telle était la règle de vie originale de ces femmes, ni cloîtrées ni mariées mais célibataires vouées au service des pauvres.
Après un premier tome consacré à la période moderne, Matthieu Brejon de Lavergnée aborde ici les deux siècles suivants, entre Révolution française et Deuxième Guerre mondiale. « Le temps des cornettes » : c'est celui d'un nouveau contrat social entre États et Églises pour répondre aux pauvretés de l'âge industriel comme à la forte demande d'éducation, de santé et de loisirs des sociétés urbanisées. Sensibles à la conjoncture politique, les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul connaissent aussi exil et martyre en France, au Mexique ou en Chine. L'échelle des cornettes est désormais globale, de l'Europe à ses espaces coloniaux comme aux nouveaux mondes américains. Missionnaires, elles exportent un culte marial si français depuis les apparitions de Catherine Labouré en 1830. Mais encore institutrices, infirmières, éducatrices ou syndicalistes, elles accompagnent les nouveaux fronts de la professionnalisation féminine au xxe siècle. Elles contribuent ainsi à redessiner les rapports de genre au sein de sociétés dures aux femmes. Féministes, les bonnes soeurs ? La question mérite d'être posée.
C'est tout l'intérêt de cet ouvrage, appuyé sur de riches archives, que d'évoquer avec rigueur le rôle capital joué par des générations de femmes qui ont lié horizon spirituel et travail social.
Matthieu Brejon de Lavergnée est agrégé et docteur en histoire, maître de conférences habilité à la Sorbonne. Il est spécialiste d'histoire sociale et religieuse, et s'attache en particulier à une histoire de la charité, de la philanthropie et de l'assistance.
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Les Totalitarismes du XXe siècle : Un phénomène historique dépassé ?
Léon Poliakov, Jean-Pierre Cabestan
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 4 Novembre 1987
- 9782213020686
Le totalitarisme aura été le phénomène politique et social dominant de notre siècle. Mais ne faut-il pas plutôt parler des totalitarismes? Léon Poliakov défend et illustre ici cette approche plurielle. Il montre que seule la comparaison des situations historiques, des idéologies, des hommes, des héritages culturels et des structures permet de comprendre à la fois les caractères communs à tous ces régimes sur un siècle et ce qui les différencie dans le même temps: le bolchevisme et le goulag; le fascisme italien, modèle original devenu pâle imitation; le nazisme et le génocide; le Vietnam et les boat people; le Cambodge et l'extermination de son propre peuple; la Chine, enfin, dont Jean-Pierre Cabestan restitue les dimensions spécifiques et uniques de l'épisode maoïste. De la mise en perspective de ces régimes _ disparus ou soi-disant en évolution _ sourd la question: les totalitarismes sont-ils des tragédies de notre siècle ou survivront-ils dans le XXIe siècle? S'agit-il d'un phénomène historique dépassé?Léon Poliakov est un historien de réputation internationale, grâce notamment à sa monumentale Histoire de l'antisémitisme. Jean-Pierre Cabestan, sinologue, est chargé de recherche à l'Institut de recherches juridiques comparatives du CNRS.
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Histoire de l'édition française : Le livre triomphant (1660-1830)
Roger Chartier, Henri-Jean Martin
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 4 Avril 1990
- 9782213024004
Du milieu du XVIIe siècle aux années 1830, c'est le temps d'un apogée pour le livre imprimé, plus présent et plus familier, porteur de savoirs neufs et guide pour les pratiques.
Après la Fronde, une tutelle plus rigoureuse du pouvoir monarchique modifie profondément les conditions de l'activité d'édition. Des censures plus sévères, d'Eglise ou d'Etat, sont imposées à ceux qui écrivent et produisent les livres. Le régime des privilèges favorise les libraires de la capitale aux dépens de leurs confrères des provinces. Du coup, se trouvent encouragées les audaces de ceux qui, malgré les risques encourus, publient, dans et hors le royaume, livres contrefaits et livres prohibés.
Jusqu'aux commencements du XIXe siècle perdure un " ancien régime typographique " que caractérise la stabilité du processus de fabrication du livre, guère changé depuis Gutenberg, et la domination du capital marchand sur l'activité typographique. La croissance du nombre de titres publiés, qu'ils soient livres, périodiques ou libelles, doit s'accommoder des contraintes anciennes.
Comme le précédent, ce tome s'efforce de croiser deux histoires. La première étudie les hommes, les techniques, les gestes. Histoire de choix et de concurrence, de réussites et d'échecs, d'atelier et de boutique. Histoire de la décision et de l'engagement personnels, du labeur et de la peine grâce auxquels un texte devient un livre.
Mais cette histoire en appelle une seconde: celle des objets et des lectures qui s'en emparent. Le livre, en effet, est une marchandise, produit d'une technique et d'une économie, mais une marchandise destiné à une fin culturelle. Entre 1660 et 1830, ses formes se modifient, ses emplois se multiplient, ses lectures se transforment. De ce point de vue, les décennies qui entourent la Révolution sont décisives. De là, le parcours de cet ouvrage qui propose d'abord trois approches, centrées sur le processus éditorial, le commerce du livre et les usages de l'imprimé, de la période 1660-1780, avant de rassembler en une dernière partie, menée de 1780 à 1830, les innovations, fragiles ou durables, d'un demi-siècle aux bouleversements nombreux. -
La Grèce antique a été la mère de la philosophie, de la tragédie et de la poésie. Or, à côté des textes classiques, des documents secrets font surgir des pratiques obscures, des opérations occultes s'effectuant souvent dans les cimetières. Cette planète du mal a longtemps été ignorée pour ne pas ternir l'image de l'humanisme du monde antique...Comment la " libre-parole " dont les Grecs étaient si fiers a-t-elle pu coexister avec ces malédictions qu'on confiait subrepticement à des tablettes de plomb et que les morts vengeurs allaient porter aux divinités infernales? Comment la Grèce des bons sentiments a-t-elle pu engendrer ces invectives, ces menaces, ces haines recuites? Quel était le ressort psychologique qui déclenchait ces explosions de violence?A déchiffrer ces tablettes de plomb, à examiner ces figures énigmatiques qui rendaient efficaces les amulettes, à lire ces papyrus donnant la recette des " charmes " d'amour ou de haine, on découvre une Grèce de cris et de fureurs. Depuis Homère jusqu'à l'antiquité tardive, toute une littérature du " mauvais oeil " démonte le mécanisme et les machinations de l'Envie. Le Grec " bel et bon " pouvait aussi être laid et méchant. La sorcellerie n'était pas l'apanage de spécialistes, mais le recours ordinaire des meurtris, des marginaux, des misérables qui parfois devenaient meurtriers.L'utilisation de l'écriture pour exprimer ces opérations interdites et l'appel aux morts pour qu'ils aident les vivants dans ces entreprises surprennent d'autant plus que la Grèce antique a donné à l'humanité la plus belle des littératures et les plus grandes leçons. La Grèce de l'ombre est la face cachée de la Grèce qu'on connaît, celle du soleil, du savoir et de la sagesse.André Bernand, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé des lettres, est professeur de littérature, épigraphie et civilisation grecque à l'université de Lille III. Outre un livre sur Alexandrie et un autre sur le théâtre antique, il a consacré douze volumes à l'étude des inscriptions grecques d'Egypte, dont il poursuit le corpus.
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Histoire de l'édition française : Le livre concurrencé (1900-1950)
Roger Chartier, Henri-Jean Martin
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 11 Avril 1991
- 9782213026664
Dans ce premier XXe siècle, l'édition française jette les fondements de sa modernité. Une façon nouvelle d'être éditeur est définie, qui substitue au temps des entrepreneurs, véritables inventeurs d'une profession, celui des maisons d'éditions organisées en services aux compétences distinctes (la direction littéraire, la fabrication, la gestion commerciale, la publicité). Par ailleurs, le commerce du livre se trouve bouleversé par la création de centrales de distribution et de clubs, par le recours massif à la publicité, par les formules nombreuses, annociatrices du livre de poche, qui visent à baisser le prix du livre. Enfin, les transformations techniques qui mécanisent, standardisent et industrialisent sa production, modifient les formes mêmes de l'objet imprimé, produit en nombre. Mais le marché ne suit pas, ou pas toujours suffisamment, cette offre renouvelée et augmentée. Le public des lecteurs de livres ne s'accroît pas à la mesure de l'alphabétisation et demeure fragmenté en clientèles séparées, restreintes, exclusives. Si, pour l'édition, le temps est venu des best-sellers et de la rencontre entre la littérature la plus légitime et les gros tirages, pour le public du livre, les mutations fondamentales ne sont pas encore faites. De là, la menace perpétuée de surproduction de titres; de là, la fragilité structurelle de l'édition; de là, les disparitions d'éditeurs, sans doute plus nombreuses que les créations durables.Ce volume se clôt par une réflexion d'ensemble, en forme de postface, sur les ruptures les plus significatives qui ont marqué l'histoire longue du livre, de l'édition et de la lecture en France, depuis le Moyen Age jusqu'à l'orée du temps contemporain. Par là, cette Histoire de l'édition voudrait nourrir les débats les plus actuels sur l'avenir de l'imprimé à la veille d'un nouvel âge possible, celui où la composition et la lecture des textes, affranchies de la forme prise par le livre aux IIe et IIIe siècles de notre ère, trouveraient un autre support: l'écran.
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La confusion des sexes : Le travestissement de la Renaissance à la Révolution
Sylvie Steinberg
- Fayard
- Nouvelles Études Historiques
- 28 Mars 2001
- 9782213608488
On a peine à imaginer que tant de femmes se soient habillées en homme entre la Renaissance et la Révolution. Il y a parmi elles de simples femmes qui s'engagent en secret dans les armées du roi pour fuir la misère, des « débauchées », de nobles amazones qui défendent leurs terres, des mystiques qui prétendent imiter les saintes travesties de la légende dorée, des révolutionnaires qui revendiquent leurs droits de citoyennes... Bien que la justice du roi assimile le travestissement à un « crime de faux », les juges font souvent preuve d'indulgence à l'égard des femmes arrêtées en habit d'homme, sauf lorsqu'elles se prostituent ou se livrent à d'infâmes passions. Mais rares sont les hommes qui osent se travestir. L'abbé de Choisy, l'abbé d'Entragues et le chevalier d'Eon sont des exceptions. A moins qu'il ne s'amuse ouvertement, l'homme qui prend l'apparence d'une femme scandalise. C'est qu'il déroge à la perfection du sexe masculin que des générations de médecins ont démontrée en s'appuyant sur l'antique théorie des humeurs.A travers les divers témoignages réunis dans ce livre apparaissent clairement les codes de comportement, les règles et les valeurs d'une société fondée sur la hiérarchie du sang et des sexes. Sous l'Ancien Régime, si la police des moeurs surveille de près ceux qui se traves- tissent, c'est précisément parce qu'ils vont à l'encontre de la « juste différence des sexes » qu'ont défendue pendant des siècles moralistes et physiognomonistes, jusqu'à ce que les philosophes des Lumières en appellent à la « nature » pour justifier l'inégalité des hommes et des femmes.
Sylvie Steinberg a soutenu une thèse sur le travestissement à l'époque moderne, sous la direction de Jean-Louis Flandrin (EHESS, 1999). Elle est actuellement maître de conférences à l'université de Rouen.