Lettre Volee

  • Réédition actualisée par les historiens de la Fondation Auschwitz de ce livre paru initialement en 1995 et désormais accompagné d'un livret pédagogique conçu par la Fondation auschwitz. ce projet éditorial, porté par un photographe et une sociologue, est né d'un sentiment d'urgence face à la disparition des derniers témoins directs de ces évènements tragiques. Leur ambition consistait à tenter, avec humilité et simplicité, d'écouter ce que ces témoins avaient à dire aux générations montantes et futures et à rendre la dignité des traits de ces acteurs de notre mémoire collective. au sentiment d'urgence est venu s'ajouter l'inquiétude face à la montée en puissance de l'extrême-droite, au révisionnisme, aux épurations ethniques et à toutes les formes de racisme, de refus et de haine de l'autre qui semblent à nouveau dévorer la planète.
    La parution de cette nouvelle édition de ce livre coïncide avec une exposition des photographies au Musée Kazerne Dossin à Malines du 2 octobre 2017 au 30 janvier 2018, dans les cadre des commémorations du 75ème anniversaire des premières déportations des juifs de Belgique, en août 1942.

  • Algorithmiques, interactives, performatives, responsives, opératoires... À l'ère numérique, les images changent de formes et de modes d'existence, elles offrent des possibilités d'action autant qu'elles agissent. Produites par des « machines de vision », objets de numérisation et de calculs, les images engagent des collaborations inédites entre arts, science et technologie. Enjeu de recherche et de création, cette transformation du régime des images est autant visible dans leurs formes qu'à travers leurs modes de circulation et leurs usages sociaux (images virales, téléchargées, copiées, collées, annotées, remixées, etc). Centré sur ces dynamiques interdisciplinaires, cet ouvrage propose d'analyser les nouvelles dynamiques de l'image interactive.
    En prenant appui sur l'histoire des arts et des évolutions récentes de la création en réseau, ce livre présente et analyse les oeuvres réflexives et souvent critiques d'artistes qui redéfinissent le statut de la vision et des actes d'images propres à l'ère numérique. L'accent est mis sur la pluralité des modes d'existence des images numériques ainsi que sur la dimension anthropologique et socio-politique des pratiques artistiques et activistes des médias.

  • Corollaire à « l'homme mesure de toute chose » se place « l'homme démesure de toute chose ». La démesure n'est pas dommageable en soi, ne pas prendre la mesure de cette démesure ni engager une culture préparant à digérer la démesure est par contre désastreux. Toute médiation est aussi facteur de démesure. Première des médiations humaines, le langage verbal entre dans un vertige de la démesure, à la mesure des médiations technologiques et de leur puissance inouïe. Cet essai sur la condensation se place dans l'effort pour penser les fondements de la médiation symbolique et ce à partir d'une économie sensible de la représentation qui prend pour appui le langage plastique.

  • Si la proposition essentielle qui anime depuis une quinzaine d'années les travaux de Jacques Rancière consiste simultanément à débusquer la tension entre les régimes éthique, représentatif et esthétique des arts, d'une part, et, d'autre part, à repérer les modalités du partage du sensible comme opération fondamentale du politique, c'est sans doute en fonction de ce nouage inextricable que l'image s'offre comme un terrain de prédilection pour penser, analyser et réarticuler le dicible, le visible et le pensable, les manières de faire et les manières d'être. Qu'il s'agisse de circuler à l'intérieur ou autour de l'image, de critiquer la société du spectacle, du règne du visuel et des emportements éplorés sur la fin des images ; de la définition d'un cinéma « politique » et de la prétendue coupure entre le cinéma classique et le cinéma moderne ; de la notion d'« irreprésentable » ; des spécificités médiatiques et techniques censées assurer une « pureté » de l'image conforme à sa non moins prétendue ontologie ; ou encore de la migration des images en mouvement des salles de projection vers les espaces d'exposition à la révolution numérique ou à la dématérialisation des oeuvres par l'image, la vigueur et la radicalité peu communes de la pensée de Jacques Rancière nous invitent, à chaque fois, à rendre l'image à ses opérations singulières comme à ses enjeux politiques.

  • Les textes de Rainer Rochlitz sur Walter Benjamin témoignent de la difficulté d'hériter cette pensée, dont le rayonnement a parfois masqué les enjeux et les contradictions. Lecteur, traducteur et commentateur de Benjamin, Rochlitz pouvait aussi partager cette posture de médiateur que l'auteur du Livre des Passages voulait assumer entre la France et l'Allemagne. Il ne tombe pas pour autant dans le piège de l'identification, et c'est encore un Benjamin philosophe qui transparaît en filigrane.

  • Depuis janvier 2012, Yves Depelsenaire tient un blog, sans contrainte de thématique ni de régularité. À l'image de la chronique tenue par Guillaume apollinaire dans le Mercure de France de 1911 à 1917 sous le même titre : La Vie anecdotique, c'est un joyeux pêle-mêle dans lequel il nous parle d'art, de philosophie, de littérature, de science, de politique. Il y traite de tout ce qui dans le monde contemporain concerne et infléchit la psychanalyse. Au fil de cet exercice, il réfléchit aussi sur cet objet nouveau : le blog.

  • Un musée imaginaire lacanien à suivre les références diverses de jacques lacan à l'art, et à la peinture en particulier, se construit un musée imaginaire très original, oú s'élucident des questions cruciales pour la psychanalyse.
    Yves depelsenaire ne fait pas dans ce livre l'inventaire de ces références, mais suivant les voies qu'elles tracent, interroge des oeuvres qui lui importent et ouvre ce musée à des artistes de notre temps. si les idées reçues sur la sublimation sont mises à mal, la fonction critique de l'art est déployée abondamment. de sorte que c'est sur une réflexion sur la place politique de l'image en ce début du xxi ème siècle que ce livre nous conduit.
    Ll s'agit en somme d'un traité d'esthétique lacanienne qui ne présuppose pourtant aucune familiarité avec la lecture de jacques lacan. ii intéressera l'historien d'art, le philosophe ou le psychanalyste, mais plus largement tous ceux qui ont un jour rêvé de bâtir leur propre musée imaginaire.

  • Résonances du romantisme On a souvent souligné la dimension absolue du romantisme, à l'origine du culte moderne de l'art et de son autonomie.
    C'est oublier que cette esthétique ne perd jamais de vue la réalité physique, les rapports humains, les accidents et la pluralité des formes, si bien que l'acte créateur reste solidaire d'une expérience fondamentale du monde et de l'altérité. " Période " singulière, s'il en est, dé l'histoire de l'art et de la philosophie, puisqu'il travaille continuellement à son propre dépassement, le romantisme nous aide à mieux comprendre l'art d'aujourd'hui, et donc, tout aussi bien, à imaginer celui de demain.
    Ces essais examinent plusieurs moments topiques des esthétiques modernes et contemporaines à la lumière du romantisme allemand, parmi lesquels : la création collective, le paysage, le chaos et le fragment, l'humour ou encore la poétique du rêve.

  • Les essais ici réunis mêlent des théories philosophiques (principalement la phénoménologie) et des oeuvres d'artistes (Marcel Duchamp, Giulio Paolini, Pep Agut, Thierry Kuntzel, Michael Snow, Peter Campus, Claire Savoie, James Coleman, James Turrell, Antony McCall et João Fiadeiro) dont le principal projet aura été ou est toujours d'explorer les problématiques de la perception. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il existe peu de textes et d'ouvrages qui traitent à fond de cette problématique, surtout lorsqu'il s'agit de confronter les enjeux philosophiques aux oeuvres contemporaines. De même, dans la critique et l'histoire de l'art, si les auteurs parlent parfois de la perception, ils mettent rarement en relation leurs analyses avec les travaux produits depuis bien longtemps par la philosophie, la psychologie cognitive, les sciences cognitives, et les innombrables textes publiés sur cette question cruciale de la perception, laquelle n'est rien de moins qu'une forme de notre existence. La perception n'est pas seulement une relation sensorielle ou sensitive à ce qui nous entoure, elle est avant tout une forme et une manière d'être au monde et une manière d'être pour autrui et avec autrui. Les oeuvres d'art analysées dans ce recueil ont un double aspect : elles veulent montrer que le dualisme n'est pas viable, que le sensible et l'intelligible ne peuvent être scindés - c'est la première signification défendue ici de « perception » -, et que les oeuvres d'art sont des formes très singulières par lesquelles et à travers lesquelles la perception est présentée en tant que telle, mais toujours avec cette visée de nous reconduire continuellement au monde, et, partant, à des questions pratico-morales et sociopolitiques.

  • A ceux qui ont de bon coeur enterré le Théâtre Provisoire qui fut un des fleurons les plus actifs de ce qu'on a appelé le " Jeune Théâtre " dans les années 1970, en Belgique, mais à ceux aussi qu'intéresse la création au présent, nourrie par la mémoire du passé, Patrick Roegiers raconte avec allant, sans merci et sans concessions, mais non sans ironie, comment ce qui est provisoire dure alors même qu'on le croit disparu, et comment disparaissent sans les mots ceux qui ont le tort de ne croire qu'au pouvoir pour contrer l'éphémère.

  • Quoi de nouveau sur L'Origine ? L'Origine du monde est en passe de devenir, au même titre que jadis la Joconde de Léonard, une véritable icône pour l'art contemporain.
    La pornographie, devenue productrice inflationniste des images du sexe, constitue l'autre versant, non artistique, du stock d'images actuellement disponible. On verra donc bien souvent dans la confrontation, polémique ou non, implicite ou délibérée, de ces deux imaginaires, le lieu incertain dans lequel il conviendra de situer leur pratique. Si l'histoire du tableau de Courbet se confond avec une certaine histoire du regard masculin, histoire dans laquelle, s'il ne la clôt pas, se situe encore Marcel Duchamp, la nouveauté en ce domaine se situerait sans doute dans le renversement opéré par un certain nombre d'artistes femmes dont la démarche vise à l'appropriation, souvent charnelle, d'une représentation issue d'une mise en forme sémiotique de leur propre corps.
    A travers des oeuvres aussi diverses que celles de Niki de Saint-Phalle, Valie Export, Orlan, Marlene Dumas, Sarah Lucas et tant d'autres, ce qui semble visé dans cet engagement spécifique, c'est soit une mise en question polémique de tout l'agencement classique, pensé comme un dispositif de domination, soit son dépassement dans une autre mise en relation entre le masculin, le féminin, le sexe et l'art.

  • La question des frontières est centrale dans le monde d'aujourd'hui : une logique d'ouverture métissée dans un univers globalisé se confronte sans relâche à la résistance de positions conservatrices entravant les flux migratoires, le nomadisme, l'exil de populations de plus en plus nombreuses. un paradoxe générateur d'une intolérable violence prenant la forme d'exclusions, de réclusions et de répressions. Les artistes contemporains rendent compte, à travers différents registres d'expression, de ce présent problématique en mettant en crise un réel corseté dans ses propres contradictions, tandis que se brouillent inexorablement les identités culturelles.
    Mais cette question des frontières peut aussi être adressée à la discipline elle-même, tant du point de vue des réflexions théoriques que des pratiques artistiques : qu'en est-il des catégories de création héritées du xxe siècle ? Qu'en est-il des réseaux habituels de diffusion, principalement institutionnels ? Quels critères de reconnaissance et d'appréciation mettre en oeuvre face à un art qui s'invente sous nos yeux ? Quelles sont les formes hybrides émergentes, transgressives, et comment touchent-elles un nouveau public ? ici aussi, un conservatisme ambiant doit affronter une guérilla esthétique d'infiltration voire d'alternatives au monde de l'art établi. L'urgence d'un changement de paradigme se fait donc sentir tant au niveau du sujet de l'art que de son objet.

  • « Voilà trente-cinq ans que je m'adonne à mon vice, l'observation tantôt clandestine tantôt participante de mes semblables, dont j'ai fait ma profession puisque je suis devenu sociologue. Cette vocation commode m'encourage à consigner tout ce qui peut m'apparaître significatif de la marche du monde en traquant les élans et les travers en apparence les plus triviaux de notre vie politique et culturelle, mais aussi en regardant en moi-même, tour d'observation elle-même en proie au doute. Certains de ces écrits ont fourni la matière et le point de départ de livres, d'autres ont fait l'objet de publication en l'état, tous sont livrées ici au lecteur tels qu'ils figurent dans mes différents carnets de notes, sans autre excuse que de vouloir faire partager mes troubles et mes interrogations tout en égrènant ces réflexions intempestives de quelques éclats de rire, eux aussi communicatifs, je l'espère. » Daniel Vander Gucht (1958) est professeur de sociologie à l'université libre de Bruxelles où il dirige le Gresac (Groupe de recherche en sociologie de l'art et de la culture) et la Revue de l'Institut de sociologie.

  • Il y a des gens aussi qui s'emploient à rater tout ce qu'ils entreprennent avec un talent, une détermination et une énergie sans pareils.
    En fait, ils savent mieux que les autres ce dont ils sont capables. Et finalement, ils savent aussi qu'ils sont les seuls à pouvoir y faire quelque chose, pour éviter le pire. En général, leur échec est tel, tellement absolu, qu'il est impossible d'imaginer ce qui aurait pu avoir lieu à la place ... Sans doute une réussite qu'il valait mieux ne pas montrer.

  • Cet ouvrage aborde l'oeuvre de Pierre Klossowski (1905-2001) dans tout son long. Reconnu et admiré par ses pairs (Bataille, Blanchot, Parain, Gide, Foucault, Deleuze, Lyotard, Lacan.), c'est un grand écrivain, un grand théoricien, un grand peintre. C'est aussi un grand traducteur du latin et de l'allemand. Cette oeuvre tourne autour du regard porté à son incandescence, métamorphosant ceux qui le rencontrent. Le destin d'Actéon, auquel l'écrivain et ses héros masculins sont identifiés, est toujours en point de mire. Comment voir l'invisible divinité ? Voilà la question qui harcèle Klossowski et qu'il déplacera dans des rituels pornographiques inlassablement répétés. Il y a ce moment systématiquement traqué où, dans la conversation intime entre un homme et une femme (l'époux - l'épouse), les mots échangés s'interrompent. La scène, ouvrant à la rencontre sexuelle des corps, se fige dans le silence. Le corps, pris par le désir - Klossowski dit les démons -, devient le lieu d'une singulière rencontre. L'âme de l'épouse fait l'expérience que Dieu est le mal déclinant ce nouage du corps désirant et de la théologie dogmatique. Un spectacle se déplie sous le regard de l'époux, nouvel Actéon : la vérité de la théologie est la pornographie. Le corps de l'épouse, Roberte (à laquelle Denise, la propre épouse de Pierre, prête sa physionomie), inscrit cette vérité devenue conjointement spectacle pornographique et preuve logique de l'existence de ce nouvel être-suprême-en-méchanceté (selon l'expression de Sade) qu'est le Dieu klossowskien. L'oeuvre fictionnelle, plastique et conceptuelle de Klossowski célèbre ces noces toujours renouvelées des corps théologiques et des exercices pornographiques.

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