• « J'ai dû produire des kilomètres de poésie sous le signe de l'inspiration indomptable, de l'écriture automatique et du cut up, comme celle que reçoivent à la tonne les éditeurs avant de la retourner à l'expéditeur comme un boomerang. si j'ai renoncé à en écrire après quelque temps, ce n'était pas par clairvoyance, mais au contraire parce que j'étais sottement persuadé que cet exercice m'était devenu trop facile. et comme il me paraissait incongru voire sacrilège de remettre sur le métier ces textes auxquels je prêtais une vertu d'oracle, ma vanité ne me laissait d'autre choix que de brûler les pires et d'enfouir précautionneusement les autres comme autant de reliques. La courte sélection de textes que j'ai l'audace d'exhumer ici sont bien le résidu d'une obscure némesis face à l'esprit du temps, celui du tournant des années 1980 somme toute plus étourdissantes qu'éblouissantes, ambivalence que mon ami le peintre xavier noiret-thomé a parfaitement saisie et restituée à travers ses évocations et ses trouvailles graphiques qui ressuscitent ces chants héroïques d'un autre âge - ce temps où nous étions vieux comme des jeunes gens modernes. »

  • Les documentaires de Robert Flaherty, de Jean Rouch, de Raymond Depardon ou de Frederick Wiseman ; les films de Dziga Vertov, de William Klein, de Jacques Tati ou de Ken Loach ; les photos d'August Sanders, de Walker Evans, de Nan Goldin ou de Martin Parr font désormais partie intégrante de la culture sociologique.
    Et la photographie et la vidéo sont des outils dont le chercheur doit se saisir pour comprendre ce que regarder veut dire : c'est à quoi s'emploie cet ouvrage qui se présente autant comme un plaidoyer pour l'usage étendu de l'image en sociologie que comme un manuel destiné à développer des compétences propres au « regard sociologique ». La sociologie visuelle s'avère à cet égard un merveilleux instrument d'investigation sociologique qui se double d'une pédagogie du regard.

  • La défi nition de l'art politique a connu un bouleversement considérable au tournant des années 1970 avec l'abandon du paradigme absolutiste de l'art (« l'Art est tout ») et du politique (« la Politique est tout ») au profi t d'un paradigme relativiste (« tout est art » et « tout est politique »).
    Au messianisme révolutionnaire des avant-gardes historiques se substitue ainsi un projet de réinvestissement et de réappropriation de l'espace public dans et par la pratique artistique. À l'aide de quelques outils conceptuels simples empruntés à la sociologie et à la philosophie politique, cet ouvrage tente de cerner la question de la responsabilité sociale et politique de l'artiste, et par la même occasion de mieux comprendre le propos de cet art contemporain qui continue à nous provoquer.

  • L'an passé à jérusalem est le journal de bord tenu à jérusalem par un juif européen qui effectua quatre longs séjours en israël et en palestine, de l'été 2004 jusqu'à la veille du retrait israélien de la bande de gaza, à l'été 2005, soit une année durant.
    Convaincu que l'intérêt de ce journal tient moins à l'originalité de ses propos qu'à la vérité subjective et partiale de cette rencontre, longtemps différée car tant redoutée, avec la société israélienne, l'auteur a choisi de ne rien gommer de ce témoignage brut de la mise à l'épreuve d'une réalité âpre, complexe et à maints égards paradoxale. il entend susciter un salutaire débat contradictoire et faire entendre ces voix - souvent israéliennes, du reste - que l'on prétend trop facilement dissidentes pour mieux les réduire au silence.

  • « Voilà trente-cinq ans que je m'adonne à mon vice, l'observation tantôt clandestine tantôt participante de mes semblables, dont j'ai fait ma profession puisque je suis devenu sociologue. Cette vocation commode m'encourage à consigner tout ce qui peut m'apparaître significatif de la marche du monde en traquant les élans et les travers en apparence les plus triviaux de notre vie politique et culturelle, mais aussi en regardant en moi-même, tour d'observation elle-même en proie au doute. Certains de ces écrits ont fourni la matière et le point de départ de livres, d'autres ont fait l'objet de publication en l'état, tous sont livrées ici au lecteur tels qu'ils figurent dans mes différents carnets de notes, sans autre excuse que de vouloir faire partager mes troubles et mes interrogations tout en égrènant ces réflexions intempestives de quelques éclats de rire, eux aussi communicatifs, je l'espère. » Daniel Vander Gucht (1958) est professeur de sociologie à l'université libre de Bruxelles où il dirige le Gresac (Groupe de recherche en sociologie de l'art et de la culture) et la Revue de l'Institut de sociologie.

  • « Familles, je vous like », c'est d'abord une exposition qui réunit le travail d'artistes de différentes générations, sur le thème de la photographie de famille aux abattoirs de Bomel (namur). cette thématique universelle et centrale permet en effet de réunir le travail d'artistes professionnels et de photographes amateurs ainsi que la participation directe de familles invitées à poser pour les photographes ou à partager avec le public leurs archives intimes tirées de leurs albums de photo. c'est donc aussi un regard, celui du commissaire et sociologue Daniel vander Gucht, sur les familles d'aujourd'hui, les photos de familles constituant autant de portraits de société. en parallèle à l'exposition, il y a en effet la découverte des livres sur les photos de familles de participants à l'atelier de photo argentique animé par le photographe alexandre christiaens. Des habitants de namur nous ont confié leurs photos de familles qui ont servi pour les affiches et les invitations et l'artiste natalia de Mello a rencontré dix familles qui habitent les quartiers de Bomel et de saint-servais qui ont accepté de poser aux fenêtres de leur maison. ces photos occuperont l'espace public.

  • La jalousie amoureuse, ressort de la tragédie classique comme de la comédie de boulevard, se trouve recommandée aujourd'hui, dans les « courriers du coeur » de nos magazines, à dose homéopathique, comme un adjuvant de la libido conjugale, et dans nos cours d'assises comme une circonstance atténuante, comme si cette funeste passion était somme toute naturelle, et attestait en outre d'une hypothétique « preuve d'amour ». or, s'il est incontestable que ce sentiment est communément partagé dans nos sociétés comme dans nombre d'autres cultures, les sciences humaines (sociologie, anthropologie, psychanalyse et histoire qui sont mobilisées dans ce livre) ont pu démontrer qu'il n'en est pas pour autant naturel, au sens d'un instinct universel, ni moins encore valorisé de la même manière dans toutes les sociétés et à toutes les époques. il aura fallu la conjonction de la « démocratisation » de la passion amoureuse (jadis incompatible avec l'institution matrimoniale qu'elle minait, comme l'illustre exemplairement le mythe de tristan et Yseult), sous la forme du coup de foudre et du mariage d'amour dans la société capitaliste, et de la « libération sexuelle » pour légitimer, c'est-à-dire « naturaliser » le sentiment de jalousie amoureuse. L'auteur s'attache ainsi à déconstruire cet édifice social construit à la gloire de la propriété privée amoureuse, pour plaider, sur le plan éthique, en faveur de l'incertitude amoureuse, seule morale adaptée - mais exigeante - à notre société démocratique, respectueuse tant d'autrui que de soi-même.

  • « Je décide de devenir chansonnier à l'instar de Marcel Broodthaers ruminant : «Moi aussi je me suis demandé si je ne pouvais pas vendre quelque chose et réussir dans la vie. [.] L'idée enfin d'inventer quelque chose d'insincère me traversa l'esprit. et je me mis aussitôt au travail. » À force d'écouter « radio comercial » sur l'autoradio de ma voiture de location au Portugal, je me mets au défi de composer une ode à Lisbonne dans le plus pur style bal de la sardine en espérant faire un carton, comme la valise de Linda de suza bien sûr. Le titre initial, Lisbonne ma bonne, hommage au Bruxelles ma belle de Dick annegarn hybridé avec le London Calling des clash, est devenu Lisbonne m'appelle afin de ne froisser personne (et surtout pas ma bonne - ce qui n'est pas très punk, je vous l'accorde). Près d'un an plus tard, je continue à composer des chansons navrantes en ne renonçant à aucun mauvais jeu de mots (il me faut bien une éthique) tandis que je dévore littéralement tout ce qui me tombe sous la main comme biographies, anthologies, manuels et interviews de tous ces paroliers qui ont écrit la légende de la chanson française, plus souvent dans l'ombre que dans la lumière. sans remonter à clément Marot, Boulanger ou aristide Bruant, je me trouve une nouvelle famille de chansonniers. »

  • Se souvenir de son histoire, retrouver ses racines, cultiver les lieux de mémoire, telle aura été l'obsession commémorative du XXe siècle finissant, dont on peut trouver des illustrations aussi bien dans le goût pour le mobilier rustique, l'engouement pour la chine, le recyclage, la rénovation, la restauration, mais aussi pour la psychanalyse et la généalogie.
    Et si notre époque baigne dans la nostalgie d'un temps imaginaire, il y a tout lieu de s'interroger sur cette identité culturelle qu'on invoque comme remède à notre misère existentielle et comme panacée pour tous nos maux sociaux. Le musée, au prétexte de nous aider à mieux voir et à mieux nous souvenir, n'en vient-il pas à nous dispenser de regarder et d'exercer notre mémoire? Et n'est-ce pas un monde muséalisé mis à la disposition de l'homo touristicus afin de satisfaire sa soif d'exotisme en tout genre que nous nous préparons sans y prendre garde?

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