Marivole

  • Durant l'été 1724, au pire des chaleurs orageuses, la dépouille d'un homme est déterrée, étripée, salée. Puis, en dépit des abominables relents de putréfaction qui s'en dégagent, on la traîne par les chemins de la paroisse, accrochée à l'arrière d'une charrette, avant de l'exposer devant l'auberge du village. Ainsi passe la justice du Roi. Elle supplicie la mémoire d'un vieil huguenot dont le crime, à l'article de la mort, fut de n'avoir point renié ses convictions religieuses. Ce châtiment effroyable est le dénouement de l'affaire Moïse Gréjon qui suscita, à l'époque, un vif émoi dans le pays. Gérard Boutet - qui descend à la fois du martyr posthume et d'un des délateurs - ressuscite ce « procès à cadavre » dont sa famille fut doublement marquée.
    Ces pages terribles reposent sur des faits authentiques. C'est l'intolérance de tous les temps, quels que soient les croyances et les prétextes, qui s'y trouvent mises en accusation. Au-delà de l'anecdote macabre, le livre renvoie à un fanatisme qu'on voudrait éteint à jamais.

  • Au printemps 1726, au début du règne de Louis XV, deux couples de paysans - les ancêtres de l'auteur - s'éloignaient de leur province, l'Orléanais, pour se rendre à Tournai, au-delà des frontières du Nord, dans le but de s'y marier selon leur religion. Ils étaient protestants. Pareil déplacement enfreignait la loi. Ils allaient en sabots, couchant ici sous une grange, là dans une maison sûre, mais toujours se cachant des délateurs et des argousins. Ils couvrirent, en vingt et un jours, deux cent vingt-cinq lieues, soit quotidiennement cinquante de nos kilomètres. À leur retour au pays, les tracasseries rancunières, constamment attisées par le curé du village, tournèrent vite au drame. Leur existence devint un enfer.

  • Un nouvel auteur, Jerry Josnes ?
    Pas tout à fait. Dans les années 70, il était un de ces polardeux publiés dans une collection dite « de gare ». Parti sans laisser d'adresse à la suite d'on ne sait quel déboire, il a fini par se faire oublier, lui et ses bouquins. On ignore ce qu'il est devenu. Nul ne peut dire où il vit, ni comment. C'est par hasard, l'autre jour, que Gérard Boutet a remis la main sur plusieurs manuscrits laissés par son ami d'autrefois. Il les a lus et, ravi de leur écriture enjouée, s'est promis de les faire éditer.
    Ce premier roman restitue toute une ambiance surannée, qui n'a rien de commun avec l'époque actuelle. Les ordinateurs ressemblaient à des armoires blindées ; on ne parlait pas du minitel, d'Internet encore moins. Inconnus, les portables : il fallait trois mois pour obtenir le téléphone. Le cinoche en technicolor résistait vaillamment à une télé parcimonieuse qui venait de colorer sa deuxième chaîne. Dans la rue, les bourgeois en costard-cravate se rinçaient l'oeil sur les minijupes des minettes. L'avenir promettait des lendemains qui chantent, avec du boulot pour chacun...
    À travers une intrigue à rebondissements, Flic flaque est une invitation à flâner dans un monde que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître.

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