• Mythe du chevalier se battant contre les moulins à vent, dessin de gustave doré, de picasso, de dali, tel est le don quichotte qui survit aujourd'hui dans nos mémoires.
    Pourtant, ce fou de littérature, ce dévoreur de romans de chevalerie, qui part à l'aventure pour voir si ce que disent les livres est vrai, est le héros du premier roman moderne.
    Retraduire don quichotte, c'est tenter de redonner au lecteur d'aujourd'hui le même plaisir et la même passion qu'éprouvèrent les lecteurs contemporains de cervantes. en restituant l'originalité des dialogues et des jeux de mots, en faisant rebondir l'aventure qui va et vient entre réalité et fiction, en rendant à sancho sa dimension de personnage, aline schulman fait tout à coup surgir la merveilleuse modernité du quichotte enfouie sous un palimpseste de traductions archaïques.

  • « En conséquence, l'esprit désormais perdu, il en arriva à la plus étrange pensée où tomba jamais fol au monde, qui fut qu'il lui parut convenable et nécessaire, tant pour l'accroissement de son honneur que pour le service de sa république, de se faire chevalier errant et de s'en aller de par le monde, avec ses armes et son cheval, pour chercher les aventures et s'exercer en tout ce qu'il avait lu que s'exerçaient les chevaliers errants, remédiant à toute espèce d'injures et s'exposant à des dangers et des périls propres à lui valoir, en y mettant fin, éternel renom et gloire. » Don Quichotte, I, 1.

  • 1605 - 1615 : dix ans séparent la publication des deux tomes de Don Quichotte. Entre temps, Cervantes a fait du Chevalier à la Triste Figure un homme bien réel, fou à ses heures, sage dès qu'on ne lui parle pas d'ouvrages de chevalerie, qui croise sur le chemin de ses aventures des personnages qui ont lu la première partie du livre et le reconnaissent comme ce qu'il est : un héros de roman. A l'imagination débridée de l'écrivain s'ajoute alors la lucidité critique de l'humaniste.

    Les personnages de Don Quichotte, dans leur réalité quotidienne et humaine, se regardent, se jugent, se pensent et mettent en lumière l'universalité de Don Quichotte, plus que jamais un roman d'aujourd'hui.

  • « Pendant tout ce temps-là, don Diego de Miranda n'avait pas dit un mot, tant il mettait d'attention à observer et à noter les oeuvres et les propos de don Quichotte, qui lui apparaissait tour à tour comme un mélange de sage et de fou et comme un fou mâtiné de sage. Il n'avait pas encore eu connaissance de la première partie de son histoire, et s'il l'avait lue, il eût cessé d'être étonné de la conduite et des propos de don Quichotte, car il eût connu la nature de sa folie. Mais comme il l'ignorait, tantôt il le tenait pour un sage, et tantôt pour un fou, parce que ce qu'il disait était sensé, élégant et bien dit, et ce qu'il faisait, extravagant, téméraire et stupide. » Don Quichotte, II, 17.

  • Don Quichotte lui-même, au seuil de la «Seconde partie» (1615), n'en croit pas ses oreilles : «Il est donc vrai qu'il y a une histoire sur moi?» C'est vrai, lui répond le bachelier Samson Carrasco, et cette histoire - la «Première partie» du Quichotte, publiée dix ans plus tôt -, «les enfants la feuillettent, les jeunes gens la lisent, les adultes la comprennent et les vieillards la célèbrent». Bref, en une décennie, le roman de Cervantès est devenu l'objet de son propre récit et commence à envahir le monde réel. Aperçoit-on un cheval trop maigre? Rossinante!
    Quatre cents ans plus tard, cela reste vrai. Rossinante et Dulcinée ont pris place dans la langue française, qui leur a ôté leur majuscule. L'ingénieux hidalgo qui fut le cavalier de l'une et le chevalier de l'autre est un membre éminent du club des personnages de fiction ayant échappé à leur créateur, à leur livre et à leur temps, pour jouir à jamais d'une notoriété propre et universelle. Mais non figée : chaque époque réinvente Don Quichotte.
    Au XVIIe siècle, le roman est surtout perçu comme le parcours burlesque d'un héros comique. En 1720, une Lettre persane y découvre l'indice de la décadence espagnole. L'Espagne des Lumières se défend. Cervantès devient bientôt l'écrivain par excellence du pays, comme le sont chez eux Dante, Shakespeare et Goethe. Dans ce qui leur apparaît comme une odyssée symbolique, A.W. Schlegel voit la lutte de la prose (Sancho) et de la poésie (Quichotte), et Schelling celle du réel et de l'idéal. Flaubert - dont l'Emma Bovary sera qualifiée de Quichotte en jupons par Ortega y Gasset - déclare : c'est «le livre que je savais par coeur avant de savoir lire». Ce livre, Dostoïevski le salue comme le plus grand et le plus triste de tous. Nietzsche trouve bien amères les avanies subies par le héros. Kafka, fasciné, écrit «la vérité sur Sancho Pança». Au moment où Freud l'évoque dans Le Mot d'esprit, le roman est trois fois centenaire, et les érudits continuent de s'interroger sur ce qu'a voulu y «mettre» Cervantès. «Ce qui est vivant, c'est ce que j'y découvre, que Cervantès l'y ait mis ou non», leur répond Unamuno. Puis vient Borges, avec «Pierre Ménard, auteur du Quichotte» : l'identité de l'oeuvre, à quoi tient-elle donc? à la lecture que l'on en fait?
    Il est un peu tôt pour dire quelles lectures fera le XXIe siècle de Don Quichotte. Jamais trop tôt, en revanche, pour éprouver la puissance contagieuse de la littérature. Don Quichotte a fait cette expérience à ses dépens. N'ayant pas lu Foucault, il croyait que les livres disaient vrai, que les mots et les choses devaient se ressembler. Nous n'avons plus cette illusion. Mais nous en avons d'autres, et ce sont elles, peut-être - nos moulins à vent à nous -, qui continuent à faire des aventures de l'ingénieux hidalgo une expérience de lecture véritablement inoubliable.

  • "Dans un village de la Manche dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait, il n'y a pas si longtemps, un de ces hidalgos à lance au râtelier, bouclier antique, maigre rosse et lévrier courant. Un pot-au-feu plus vache que mouton, du ragoût tous les soirs ou presque, des lentilles le vendredi, quelque pigeonneau le dimanche en plus de l'ordinaire consommaient les trois quarts de son bien. Le reste filait avec une casaque de bon drap noir et des chausses de velours pour les fêtes avec leurs couvre-pieds assortis ; les jours de semaine il tenait son rang avec un drap fin, gris souris. "

  • " Enfin vinrent les derniers moments de don Quichotte, après qu'il eut reçu tous les sacrements, et après qu'il eut abominé en paroles abondantes et émouvantes les livres de chevalerie. Le notaire était présent et il dit qu'il n'avait jamais lu en aucun livre de chevalerie qu'un chevalier errant fût mort dans son lit aussi paisiblement, aussi chrétiennement que don Quichotte, lequel, parmi les plaintes et les pleurs des assistants, rendit son âme - je veux dire qu'il mourut ".

  • Un hidalgo désargenté qui a lu trop de romans de chevalerie, décide un jour de partir sur les routes pour rendre justice à la veuve et à l'orphelin. Son imagination fébrile lui fait voir un heaume dans une visière en carton, un superbe destrier dans une rosse squelettique et une noble dame chez une simple paysanne... Les chapitres retenus dans cette édition mettent en évidence le mécanisme de la folie chez don Quichotte, la fidélité de Sancho Pança, son écuyer, aussi rond et peureux que don Quichotte est maigre et héroïque, la méchanceté et la bassesse des tiers qui se moquent des fous, des faibles et des simples d'esprit. Apparu sur les décombres du roman de chevalerie, le chevalier à la Triste Figure est devenu un type humain universel et son histoire a forgé l'un des plus grands mythes littéraires européens.

  • Pour nos contemporains comme pour ceux qui les ont précédés, Cervantès incarne sans contexte le génie littéraire de sa nation. Mais ce destin, qu'il partage avec Dante,Goethe et Shakespeare, s'assortit, dans son cas, d'un curieux privilège : il est le seul écrivain espagnol à avoir atteint ce qui fait toujours défaut à un Lope de Vega, à un Góngora ou à un Calderón : une renommée pleinement universelle.
    Qu'il doive cette renommée à Don Quichotte est une évidence ; mais si l'ingénieux hidalgo s'est projeté bien au-delà du récit de ses aventures, le mythe qu'il incarne est d'abord lié à l'avènement de ce qu'on appelle aujourd'hui le roman moderne.

  • Parce qu'il a lu trop d'épopées, rêvé de trop d'exploits, un pauvre gentilhomme de la Manche s'improvise Chevalier à la triste figure. Un laboureur pour écuyer, une simple carne pour destrier, le voilà qui bat désormais la campagne, au gré des torts à redresser, des moulins à charger. « Déraisonnable ! » s'inquiète le curé. « Ridicule » s'alarme le barbier. Armé de son seul idéal, d'aventures errantes en déconfitures flagrantes, l'hidalgo affronte malgré lui le monde tel qu'il croit être... ou tel qu'il est : et, soudain, la folie change de camp...

  • Si les premiers lecteurs de Cervantès ont ri aux exploits de Don Quichotte, leurs préférences sont allées à d'autres textes, tel que Persilès, qui sont à redécouvrir, et plus encore aux Nouvelles exemplaires, que nous continuons de lire, mais d'un autre oeil que les sujets de Philippe III. La modernité de Cervantès n'est pas la résultante d'un simple questionnement des valeurs établies, qui exprimerait les tensions d'un âge de crise. Elle tient plutôt à la vertu de cette écriture grâce à laquelle une oeuvre, inscrite au départ dans le climat culturel d'une époque aujourd'hui révolue, a débordé au fil des âges le dessein qui l'avait engendrée. Tel est le paradoxe auquel elle nous confronte. Sans doute eût-il été vain de prétendre en découvrir le secret ; du moins convenait-il de la replacer dans l'espace et le temps qui l'ont vue naître. C'est l'ambition de ce volume.

  •  Un texte adapté et revu par des enseignantsDe magnifiques illustrations, pour une compréhension immédiate Un lexique anglais-français qui facilite la lecture et la mémorisation du vocabulaire essentiel Pour aller plus loin...Une version audio pour suivre sur le livre et savourer toute la musicalité de l'anglaisLes phrases et les mots du lexique à écouter et à répéter pour perfectionner son accent Et pour les enseignants... Une fiche pédagogique photocopiable destinée aux élèves, avec plein d'activités ludiques liées à l'histoireTous les compléments AUDIO sont à télécharger sur www.editions-larousse.fr

  • À Madrid, Preciosa, une jeune gitane, fascine tous les hommes par sa beauté, son esprit et son mystère. D'où vient-elle et qui est-elle vraiment ? Quel est son secret ? Pour départager ses prétendants, elle leur impose une épreuve : celui qui l'aime deviendra lui aussi gitan s'il veut l'épouser...
    Un portrait de femme coloré et romanesque, une nouvelle poétique et baroque par l'auteur de Don Quichotte.

  • Au terme de seize années de guerres infructueuses, le Sénat de Rome a confié à Scipion le soin de s'emparer de Numance. Les chefs numantins tiennent conseil autour de Théogène. Ils cherchent les différents moyens de rompre l'encerclement : une sortie en masse, ou bien un combat singulier proposé aux assiégeants. Avant de passer aux actes, ils décident de faire appel à la clémence des dieux, dont le verdict sera défavorable. La famine décime les Numantins qui se dirigent vers le bûcher, chargés de leurs biens les plus précieux. Une mère éplorée ne parvient plus à nourrir ses enfants et cherche à les consoler, sous les yeux de deux défenseurs qui commentent la scène. Guerre, Maladie et Faim contemplent, impassibles, le spectacle de la fin de Numance. Tandis que les assiégés se donnent la mort les uns aux autres, menés par Marius et Jugurtha, les Romains escaladent les remparts et font leur entrée dans une ville morte. Scipion est privé de son triomphe, faute de trouver un seul survivant. La Renommée fait son entrée sur scène et décerne à Numance la palme de l'immortalité.

  • «la première grande oeuvre du genre» (benjamin). «la première des oeuvres modernes» (foucault). «je retrouve toutes mes origines dans [ce] livre que je savais par coeur avant de savoir lire» (flaubert). sa découverte fut «la plus grande époque de [ma] vie» (stendhal).

    Dans les auberges, sur la grand-route, au hasard, le chevalier fou et l'écuyer naïf cherchent l'univers des romans de chevalerieet rencontrent les réalités les plus drues et les plus bigarrées; ils rencontrent aussi la poésie, les romans picaresques, les nouvelles et toute la littérature, jusqu'aux lecteurs de leur propre histoire. du don quichotte de 1605 à la continuation de 1615, les jeux du mensonge et de l'imagination s'approfondissent et se réinventent dans l'enchevêtrement de la vie et de la littérature, dans l'enchantement romanesque et la complicité désabusée.


    Traduction nouvelle, présentation et annotation de jean-raymond fanlo.

  • Pour nos contemporains comme pour ceux qui les ont précédés, Cervantès incarne sans contexte le génie littéraire de sa nation. Mais ce destin, qu'il partage avec Dante, Goethe et Shakespeare, s'assortit, dans son cas, d'un curieux privilège : il est le seul écrivain espagnol à avoir atteint ce qui fait toujours défaut à un Lope de Vega, à un Góngora ou à un Calderón : une renommée pleinement universelle. Qu'il doive cette renommée à Don Quichotte est une évidence ; mais si l'ingénieux hidalgo s'est projeté bien au-delà du récit de ses aventures, le mythe qu'il incarne est d'abord lié à l'avènement de ce qu'on appelle aujourd'hui le roman moderne.
    Si les premiers lecteurs de Cervantès ont ri aux exploits de Don Quichotte, leurs préférences sont allées à d'autres textes, tel que Persilès, qui sont à redécouvrir, et plus encore aux Nouvelles exemplaires, que nous continuons de lire, mais d'un autre oeil que les sujets de Philippe III. La modernité de Cervantès n'est pas la résultante d'un simple questionnement des valeurs établies, qui exprimerait les tensions d'un âge de crise. Elle tient plutôt à la vertu de cette écriture grâce à laquelle une oeuvre, inscrite au départ dans le climat culturel d'une époque aujourd'hui révolue, a débordé au fil des âges le dessein qui l'avait engendrée. Tel est le paradoxe auquel elle nous confronte. Sans doute eût-il été vain de prétendre en découvrir le secret ; du moins convenait-il de la replacer dans l'espace et le temps qui l'ont vue naître. C'est l'ambition du deuxième volume.

  • "L'amant généreux" est l'un des douze textes qui composent le recueil des "Nouvelles exemplaires", paru à Madrid en 1613.
    "J'ai donné à ces nouvelles le titre d'exemplaires, car à bien les considérer il n'y en aucune dont on puisse tirer un exemple utile" (Miguel de Cervantès, 1547-1616).

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