• Cette étude systématique veut restituer dans le foisonnement des écrits de Walter Benjamin la logique interne des formes, des thèmes et des conceptions qui se chevauchent et se succèdent, évaluer, à travers les prémisses, les impasses et les changements d'orientation, la contribution de Benjamin aux disciplines qu'il a affrontées : philosophie du langage, esthétique, pensée de l'histoire.
    Partisan au départ d'une esthétique du sublime inspirée notamment par Hölderlin, Benjamin change deux fois d'orientation : à partir de Sens unique (1928), il se tourne vers les avant-gardes et tente de mettre son écriture au service de la politique, au point de sacrifier l'art dans son essai sur la reproductibilité technique ; puis, avec le Narrateur (1936) et dans ses écrits sur Baudelaire, il cherche au contraire, dans son évaluation du prix de la modernité, à restaurer l'autonomie esthétique.
    Sans doute ces changements de direction contribuent-ils à rendre inachevable le grand projet des Passages parisiens. Mais ils conduisent pour finir aux Thèses sur l'histoire et à leur volonté de rétablir des significations oubliées ou occultées, des voix étouffées sans lesquelles il ne saura y avoir d'humanité réconciliée. Alors se révèle le caractère éthique et politique de la critique d'art, qui prétend repérer dans les oeuvres les signes historiques d'un salut possible.

  • La déroute des théories dogmatiques de l'art dictant une hiérarchie a priori des appréciations est avérée : elle laisse le champ libre à une esthétique ouverte à toutes les époques et à tous les mondes de l'art - traditionnel, moderne ou contemporain, art d'élite ou art de masse.
    Or, arguant de la relativité des goûts et des plaisirs, une esthétique libérale entend prendre simplement acte du différend des jugements, tous par nature individuels et subjectifs. Rarement pourtant, s'est fait à ce point sentir le besoin de juger, de critiquer, de sélectionner.
    Comment y répondre, dès lors que l'esthétique, distincte de la critique engagée dans l'interprétation et l'évaluation d'oeuvres particulières, n'est plus en mesure de proposer un jugement d'autorité ?
    /> L'esthétique est nécessaire à l'intelligence de nos divergences, elle aide à fonder notre compréhension et nos jugements, elle saisit la logique de la critique que nous pratiquons tous de façon plus ou moins experte.
    Loin de se résigner aux descriptions empiriques et aux classifications, elle peut reconstruire la rationalité des argumentations et la nature performative des relations de sollicitation, de compréhension et d'évaluation que les individus engagent avec les oeuvres d'art.
    Inventée au XVIIIe siècle pour répondre à l'anomie du jugement de goût, consécutive à l'irruption des formes modernes et à la découverte des arts non européens, l'esthétique doit être aujourd'hui réinventée.
    Rainer Rochlitz nous y invite. Il montre notamment la complémentarité entre esthétique et critique, il l'illustre par l'analyse des oeuvres de Gerhard Richter et Jeff Wall, de Don DeLillo et Jean Echenoz.

  • Feu la critique La critique d'art, dévoyée en exercice promotionnel, est aujourd'hui un genre menacé de disparition.
    La fonction qu'elle remplit dans un monde de l'art refermé sur lui-même occulte les pouvoirs de l'art. Il s'agit donc de restituer à la critique son rôle de médiatrice éclairante entre les oeuvres et leur public. C'est dans cet esprit que la critique est ici distinguée de l'esthétique et de l'histoire de l'art. Deux ensembles d'essais e d'études sur Fernand Léger, Juan Gris et Joseph Beuys comme sur Jean Echenoz, Michel Houllebecq et Peter Sloterdijk illustrent le difficile exercice de la critique.
    Une troisième partie aborde les enjeux et les débats qui mettent en question l'art contemporain.

  • Les textes de Rainer Rochlitz sur Walter Benjamin témoignent de la difficulté d'hériter cette pensée, dont le rayonnement a parfois masqué les enjeux et les contradictions. Lecteur, traducteur et commentateur de Benjamin, Rochlitz pouvait aussi partager cette posture de médiateur que l'auteur du Livre des Passages voulait assumer entre la France et l'Allemagne. Il ne tombe pas pour autant dans le piège de l'identification, et c'est encore un Benjamin philosophe qui transparaît en filigrane.

  • La collection est dirigée par Yves-Charles Zarka, directeur de recherches au CNRS. Il dirige le Centre d'histoire de la philosophie moderne - Centre Thomas Hobbes. Elle a un double objectif : -- réouvrir le débat sur les questions majeures de la philosophie, celles qui ne cessent d'alimenter la pensée, en vue d'éclairer leurs enjeux par des contributions inédites dues aux meilleurs spécialistes - mettre à la disposition des étudiants, des enseignants et plus généralement de tous ceux qui s'intéressent à la philosophie, des dossiers permettant de se faire une idée claire de l'état actuel des connaissances sur un sujet.
    Rendre des travaux philosophiques de pointe, accessibles à un large public universitaire et extra-universitaire, tel est le pari de cette collection. (Autres collections : Fondements de la politique - Intervention philosophique)
    Revue Cités. Philosophie, Politique, Histoire, dirigée par Yves Charles Zarka. Publication trimestrielle

  • À la croisée de la philosophie analytique et du pragmatisme, du sémiotique et du sémantique, mais aussi et surtout de la théorie habermassienne de la communication, l'« argumentation esthétique » qu'il a élaborée participe d'une pratique et d'une théorie de l'intersubjectivité dont la visée est l'élaboration d'une « rationalité esthétique ».

  • Ce volume d'écrits philosophiques de Rainer Rochlitz rassemble les études qu'il a publiées dans la revue Critique et qui concernent d'importants ouvrages philo sophiques contemporains. Plus que des analyses érudites, les recensions de Rainer Rochlitz, dans la clarté lapidaire de leur expression, sont autant d'exercices qui nous invitent à développer notre capacité de jugement politique à partir de la lecture d'auteurs pour lesquels le politique touche au coeur même de la question du sens de l'existence en société. Le souci majeur de Rainer Rochlitz dans sa réflexion est de préserver et faire fructifier une vision politique de l'Europe qui plonge ses racines dans la meilleure tradition héritée des Lumières. (Jeffrey Andrew Barash)

  • L'évolution des arts et de leurs publics au cours des dernières décennies nous a privés - ou libérés - d'un certain nombre de certitudes quant au statut des arts dans les sociétés contemporaines, quant au rôle et à la raison d'être de l'esthétique.
    Or, si l'esthétique ne se réduit ni à la critique ni à l'histoire de l'art, ni aux opinions que tout un chacun peut se croire autorisé à exprimer sur les oeuvres d'art, il doit s'agir d'une discipline philosophique qui obéit à certaines exigences conceptuelles.
    Prenant acte des retards que connaît cette discipline, notamment en france où peu de productions théoriques sont en phase à la fois avec les développements artistiques et avec l'état de la réflexion philosophique, cet ouvrage a réuni des philosophes français, allemands et américains parmi les plus engagés dans les débats actuels sur l'art, afin de faire le point sur un certain nombre de questions qui sont actuellement au coeur de la discussion :
    - qu'entend-on par esthétique, art et oeuvre d'art après toutes les extensions et contestations de ces concepts intervenues au xxe siècle ?
    - quels sont les rôles de l'art après les mouvements d'avant-garde et leur critique à la fois de l'art traditionnel et de la société ?
    - quelle est la contribution irremplaçable de l'esthétique à notre connaissance de l'art ?.

  • Excès d'honneur, excès d'indignité. L'art contemporain, dans sa réception par la critique comme par le public, est décidément voué à ces deux écueils. La critique a renoncé à toute évaluation, le public à toute compréhension, l'esthétique à toute légitimation.
    Assurément, arguant de l'introduction d'un urinoir dans un musée par Duchamp, les artistes prétendent décider seuls de ce qui est oeuvre d'art, grâce à la subversion de tous les critères établis du jugement esthétique. Cette subversion fait désormais l'objet d'une subvention attentionnée par les musées d'État et les galeries, soucieux de prouver leur libéralisme à une critique aveuglément acquise le plus souvent. Ce jeu ambigu, fait de complicités et d'antagonismes, artistes et institutions s'y livrent depuis les années soixante.
    Plus que jamais, pourtant, bien que l'alliance de la subversion et de la subvention vise à le mettre hors jeu, le jugement esthétique demeure nécessaire. Objet industriel détourné ou dupliqué, intervention militante, proclamation politique, une oeuvre n'est d'art que si la qualité artistique qu'elle ambitionne peut être justifiée et partagée.
    Il est donc urgent, aujourd'hui, tout autant de prendre les ambitions des artistes en considération que d'élaborer à nouveaux frais une argumentation esthétique attentive à la logique interne de l'oeuvre contemporaine, à la fois profane et distincte du principe de plaisir, exigeante sans prétendre à la vérité absolue, libre d'obligations sociales mais susceptible d'être l'enjeu de critiques rigoureuses.

  • La pensée critique

    Rainer Rochlitz

    La publication de ces trois volumes (1°/ Walter Benjamin 2°/ Esthétique et philosophie de l'art ; 3°/ Philosophie contemporaine) poursuit en quelque sorte le projet initié par Rainer Rochlitz lui-même qui fit paraître à La Lettre volée, en 2002, un ensemble de ses articles consacrés à l'art et à la littérature sous le titre "Feu la critique".
    Collaborateur régulier de la revue "Critique", il y a publié, entre 1983 et 2002, plus d'une quarantaine d'articles réunis ici pour la première fois par Christian Bouchindhomme et Geneviève Rochlitz. L'exercice de la critique philosophique la plus vive y ravive un quart de siècle de débats sur l'art contemporain et l'esthétique comme sur l'éthique et le politique.

  • La collection est dirigée par Yves-Charles Zarka, directeur de recherches au CNRS. Il dirige le Centre d'histoire de la philosophie moderne - Centre Thomas Hobbes. Elle a un double objectif : -- réouvrir le débat sur les questions majeures de la philosophie, celles qui ne cessent d'alimenter la pensée, en vue d'éclairer leurs enjeux par des contributions inédites dues aux meilleurs spécialistes - mettre à la disposition des étudiants, des enseignants et plus généralement de tous ceux qui s'intéressent à la philosophie, des dossiers permettant de se faire une idée claire de l'état actuel des connaissances sur un sujet.
    Rendre des travaux philosophiques de pointe, accessibles à un large public universitaire et extra-universitaire, tel est le pari de cette collection. (Autres collections : Fondements de la politique - Intervention philosophique) Revue Cités. Philosophie, Politique, Histoire, dirigée par Yves Charles Zarka. Publication trimestrielle

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