Religion & Esotérisme

  • Une rabbin et un intellectuel musulman s'entretiennent ici autour de l'essentiel : comment être juif ou musulman ? Quel rapport - semblable, différent, complémentaire... - à l'histoire, à la loi, aux rites et aux coutumes, à la laïcité, à la filiation, à la vérité ? Où en sont les femmes dans le judaïsme et l'islam d'aujourd'hui, quelle est leur place publique et privée ? Quelle relation entretiennent musulmans et juifs avec Dieu ?

    La révélation dont les textes gardent la trace n'a de sens que dans des interprétations renouvelées au fil des générations : telle est la conviction qui rapproche, au-delà des différences, Delphine Horvilleur et Rachid Benzine, dans un dialogue à la fois vif et profond. La rabbin affirme que lire la Torah, c'est toujours se battre avec un texte complexe ; pour l'islamologue, se réclamer du Coran, c'est d'abord écouter une parole pour être « bien guidé ». La responsabilité religieuse consiste aujourd'hui à sortir de l'idéologie identitaire, du sacré intemporel qui fige la tradition dans le passé, à poursuivre avec les autres - tous les autres - un dialogue à la fois amical et franc, qui refuse les remparts du fondamentalisme religieux et laisse l'avenir ouvert.

    Un livre d'une grande liberté de ton, particulièrement bienvenu en ces temps où il faut lutter contre les murs, symboliques ou concrets, que certains érigent comme s'ils étaient devenus l'unique salut possible.

    Delphine Horvilleur est rabbin. Elle a publié En tenue d'Eve et Comment les rabbins font des enfants (Grasset, 2013 et 2015).

    Rachid Benzine est islamologue. Il a publié Les Nouveaux Penseurs de l'islam (Albin Michel, 2004), Le Coran expliqué aux jeunes (Seuil, 2013) et Nour, pourquoi n'ai-je rien vu venir ? (Seuil, 2016, adaptée au théâtre sous le titre Lettres à Nour).

  • « Je vous invite à cheminer un moment avec moi, et vous serez surpris par les voies que nous prendrons. Nous nous écarterons des théories et des croyances pour nous diriger vers une forme unique de connaissance qui se situe en nous, libérée des divertissements du quotidien, un lieu où vous trouverez la lucidité, l'épanouissement et la joie. Un lieu de paix intérieure. » Dans ce livre très personnel, Prem Rawat partage des moments clés de sa vie, du jeune Indien âgé de 13 ans, soudainement propulsé sur scène au Festival de Glastonbury en 1971, à ses expériences de pilote d'avion. Il évoque ses rencontres avec des personnes remarquables, de dirigeants politiques aux prisonniers rencontrés dans certaines des prisons les plus inhospitalières au monde. Son enseignement et ses prises de parole, particulièrement incarnés, sont souvent illustrés d'histoires, d'une apparente simplicité et accessibles à tous, invitant à tendre l'oreille du coeur, à se reconnecter à soi-même et à (re)prendre le contrôle de notre vie. Ce livre nous plonge au coeur d'une réflexion singulière sur le sens de la vie humaine et les immenses possibilités qu'elle offre.

  • Au moment où les sociétés sont assaillies par une crise sanitaire extrêmement déstabilisante, ces mots du pape François appellent à nouveau au combat spirituel autant que politique.
    Cinq ans après l'encyclique Laudate si', le pape prolonge ici avec Carlo Petrini, fondateur du mouvement Slow Food, son exhortation à protéger notre « maison commune » des dégradations humaines et écologiques causées par notre système. Les deux hommes dénoncent ces autres virus que nous avons développés, une économie de marché sauvage, une injustice sociale violente. Mais ils entreprennent aussi, avec vigueur et profondeur, de dessiner les voies d'une écologie qui cesse d'être un slogan pour devenir un choix. Biodiversité, économie, migration, éducation, communautés : ces notions font l'objet d'une réflexion particulière, constructive et optimiste.
    Réunis par une même confiance dans un changement possible, le pape et le militant appellent toutes les compétences et les bonnes volontés à s'unir pour transformer notre vie et s'engager dans la défense d'une biodiversité indissociablement humaine et écologique. À ce titre, l'expérience des ethnies qui vivent en relation étroite avec la nature est essentielle à considérer : elles « ressentent nos propres ombres » que nous ne voyons pas nous-mêmes. Et les murs que nous construisons, à abattre.

  • « Nul n'est prophète en son pays », « Semer la zizanie », « L'homme ne vit pas que de pain », « Porter au pinacle », « Rendre à César », etc. : comme monsieur Jourdain faisait de la prose, nous citons les Évangiles sans le savoir. En presque 2 000 ans d'histoire du christianisme, ces textes ont imprégné notre culture : on y trouve de multiples aphorismes et sentences qui sont devenus des expressions courantes. Ces paroles vives, voire provocatrices, qu'on attribue pour la plupart à Jésus, se sont banalisées, et leur sens religieux est aujourd'hui imperceptible.
    En honnête homme amoureux des textes bibliques, Denis Moreau a choisi une centaine de ces locutions et leur redonne leur saveur première. Restituant le contexte où elles ont été prononcées selon un ordre qui rend compte du récit évangélique, il explique leur sens et leur portée, et retrace, non sans humour, les multiples échos qu'elles ont trouvés au cours des siècles.
    Une façon à la fois distrayante et profonde de redécouvrir les Évangiles sous un jour inattendu, ou de s'y initier.

  • Dieu, Kyrios, Deus, Notre Père, Iahvé, Elohim, Adonaï, Jésus ou Allah ont indéniablement un « air de famille ». Cela ne veut pas dire qu'on puisse les traduire les uns dans les autres sans précaution ni qu'ils soient identiques comme le laissent entendre un peu vite ceux qui prônent la notion de « religions abrahamiques ». Il n'en demeure pas moins que ces trois religions se réfèrent à des Révélations. Elles nous recommandent de croire que Dieu s'est révélé lui-même, de diverses manières selon qu'on soit juif, chrétien ou musulman.
    Philippe Borgeaud insiste sur un point névralgique : pour l'historien ou l'anthropologue, l'islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l'animisme ou l'hindouisme n'existent pas en tant que tels, pas plus que les dieux auxquels on les associe. Il n'y a de religion que dans les paroles, les sentiments et les actes de ceux qui s'en proclament les acteurs ou les adversaires. Pour saisir cette divergence fondamentale, entre le sens commun et l'observation des sciences humaines, comparer les croyances entre elles est indispensable.
    Tout en interrogeant notre présent, posant la question de savoir si on peut encore « afficher de l'incroyance », Borgeaud analyse les systèmes de pensée religieuse. Dans ce livre, il nous propose de repenser les mythes et les récits fondateurs qui ont contribué à transformer des pratiques et des croyances ancestrales en « religions » modernes.

  • Les « monothéistes » - juifs, chrétiens et musulmans - croient en un Dieu unique, révélé dans la Bible et le Coran. Les croyants de bonne volonté parmi eux insistent à bon droit sur ce qui les unit. Il existe pourtant de grandes différences entre ces religions, en particulier à propos des origines de ce Dieu. Comme le montrent Thomas Römer et Jacqueline Chabbi, la « naissance » de Yahvé et celle d'Allah ont eu lieu dans des contextes anthropologiques et sociopolitiques très contrastés, presque opposés. Quoi de commun en effet entre les petites royautés-États d'Israël et de Juda entre le viiie et le vie siècle avant notre ère, confrontés à de puissants empires comme l'Égypte, l'Assyrie, la Babylonie, la Perse, et une petite tribu de l'Ouest arabique au viie siècle de notre ère, à l'écart des routes caravanières, en dépendance vitale de l'eau ?
    Ces conditions historiques ont forcément marqué l'identité et le devenir du Dieu de chaque tradition. Un dialogue en vérité entre le judaïsme, le christianisme et l'islam ne saurait masquer ces différences. Celui de ce livre, entre Thomas Römer et Jacqueline Chabbi, bouscule aussi les certitudes de tous les fanatiques d'une lecture littérale de la Bible et du Coran.

  • La lecture fondamentaliste des textes sacrés les fige dans une vérité immuable. L'approche historico-critique, elle, écarte la question de la vérité du texte au profit d'un savoir sur lui. Mais elle neutralise alors les questions de sens, et par là ne peut, malgré ses prétentions, être un rempart contre le fondamentalisme. Au-delà de cette opposition, ce livre propose une lecture spirituelle de la Torah, qui ne laisse pas gagner le désarroi et se montre aussi sérieuse que la science.
    Cette lecture se déploie comme un dialogue : le lecteur pose aux versets des questions morales, politiques ou métaphysiques, qui mettent en jeu son existence ; et pour approcher la vérité que recèle le texte, il tente d'y déchiffrer l'énigme de sa propre vie. Les versets deviennent des paroles qui lui sont adressées, ici et maintenant. La Torah est donc éternelle parce que son sens est sans cesse renouvelé, non parce qu'il est fixé à jamais. De même, son étude ne consiste pas en une appropriation affective et fantaisiste, ni en un envol oublieux du réel.
    Lire la Torah est un travail d'interprétation exigeant autant qu'une sortie de soi. Et il s'agit de s'élever autant que d'élever le monde, donc de dépasser l'inaction à laquelle nous condamnerait une lecture seulement symbolique ou littérale : la Torah parle bien de notre présent, et ne donne pas de solutions.

  • Dans le paysage religieux de l'humanité, le judaïsme est considéré comme la plus ancienne religion monothéiste, confessant qu'il n'existe qu'un seul dieu, qui est à la fois le dieu spécifique du peuple d'Israël et le dieu de tout l'univers. Cette idée d'un dieu unique s'est ensuite propagée à travers le christianisme et l'islam.
    Le dieu auquel se réfèrent, de manières différentes, les trois religions monothéistes, semble régner seul de toute éternité sur le ciel et la terre. À y regarder de plus près, on trouve cependant dans les différents textes bibliques des indices qui attestent que les anciens Israélites vénéraient d'autres dieux à côté de Yahvé. De fait, contrairement à ce que certains théologiens continuent d'affirmer, il ne fait pas de doute que le dieu de la Bible n'a pas été « unique » depuis toujours.
    En analysant les textes bibliques comme n'importe quel document de l'Antiquité et en confrontant les méthodes exégétiques aux plus récentes découvertes de l'archéologie et de l'épigraphie, cette enquête passionnante retrace l'histoire de ce dieu de l'orage et de la guerre depuis ses origines jusqu'à sa « victoire » sur les autres dieux et déesses, son installation comme dieu national en Israël et en Juda et, enfin, l'affirmation de son unicité et de sa transcendance.

  • Nouvelle édition, augmentée d'un chapitre inédit sur la violence dans le Coran, suite aux événements tragiques de Paris en janvier et novembre 2015. La révélation du Coran : comment est-elle survenue, où, dans quel monde et quelle culture (aspects historiques et géographiques) ? Le prophète Muhammad : quel homme était-il ? Comment a-t-il reçu la révélation ? Quelle est la place d'Abraham, de Moïse et de Jésus par rapport à lui ? Comment la révélation orale est-elle devenue écrite, et comment est-on arrivé au " Livre " appelé " Coran " ? Que faut-il savoir de la langue et du style coranique et comment lire le Coran aujourd'hui ? Que dit le Coran de la violence, des liens avec autrui, de la guerre et de la paix ?

  • Alors que le Coran fait l'objet, dans les courants salafistes et dhjihadistes, d'une interprétation atemporelle et anhistorique, cet ouvrage passionnant a l'ambition de donner à comprendre ce que le discours coranique de Mahomet, qui était alors loin d'être fixé par écrit, a pu signifier pour ceux qui l'ont entendu, dans la société sans livre qu'était l'Arabie du début du viie siècle.

    L'originalité de cette approche consiste ainsi à déchiffrer le Coran à la lumière d'un contexte historique et anthropologique précis, celui de tribus vivant selon des rapports de solidarité et d'alliance pour faire face à l'environnement éprouvant du désert. Jacqueline Chabbi montre avec brio, et une connaissance approfondie de la langue coranique, que les trois caractéristiques principales du divin correspondent aux trois piliers de la société tribale : l'alliance, la guidance et le don. Pour ce groupe humain patriarcal du désert, Dieu est représenté avant tout comme celui dont l'alliance, la guidance et le don répondent aux nécessités vitales imposées par l'environnement.

    Outre que cet éclairage permet d'élucider un nombre considérable de notions et de distinguer celles qui sont d'origine biblique, il renouvelle totalement le sens de celles qui ont été figées par une certaine doctrine musulmane (djihâd, charia notamment). Car il ne s'agit pas, en découvrant des significations en relation avec un terrain chronologiquement premier, de figer les mots dans leur sens d'origine mais au contraire de faire apparaître combien ils ont pu évoluer au fil du temps et des transformations sociales.

  • Peu de gens le savent : Jésus occupe dans le Coran une place éminente, supérieure à celle qu'occupe Mahomet lui-même.
    C'est de cette surprise que Prieur et Mordillat sont partis. Bien que le Livre sacré de l'islam soit un texte difficile à appréhender pour les non-musulmans, il existe des points de contacts qui permettent notre lecture : une lecture critique à la fois littéraire et historique, une lecture non religieuse comme celle entreprise précédemment avec le Nouveau Testament.
    La sourate IV qui raconte de manière très particulière la crucifixion de Jésus est le point de départ. À partir de ces quelques versets, les auteurs ont cherché à reconstituer ce qu'ils pouvaient savoir de la prédication de Mahomet et pourquoi elle s'est développée dans une région de réputation païenne, tout en étant très marquée par les références bibliques et l'influence des églises syriaques.
    Une religion ne naît jamais de rien. L'islam s'est voulu l'ultime révélation après la révélation juive et la révélation chrétienne. Elle en est à la fois la continuité et l'adversaire.
    C'est au carrefour des trois formes du monothéisme, dans l'héritage du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que les auteurs ont voulu comprendre les origines de l'islam. Pourquoi et comment le juif de Galilée mué en Christ fondateur du christianisme est devenu, dans la péninsule arabique au VIIème siècle de notre ère, « le messie Jésus, fils de Marie, envoyé d'Allah' », l'ultime prophète avant le Prophète.

  • Argent, sexe, travail sont indissociablement des sources de satisfaction et de souffrance, parce qu'ils ne nous satisfont jamais - comme tels, ils intéressent particulièrement le bouddhisme. Mais c'est essentiellement parce qu'on les oppose à la vie spirituelle que Trungpa s'y arrête, pour précisément montrer l'erreur d'une telle opposition : il s'agit de mener une vie réelle en se reliant réellement aux situations, dans l'état d'être où l'on est, d'« unir l'air et la terre », de réaliser le caractère sacré de la vie, y compris de ses activités quotidiennes - le travail que nous avons pris l'habitude de subir, le sexe étouffé par les conventions et les schémas moraux, l'argent objet d'avidité et moyen de contrôle, et pourtant nécessaire. Trungpa montre ainsi que la créativité est la clé du travail, que celle du sexe est la communication (et même que toute communication est sexuelle) et que l'argent est un moyen de prendre conscience de la façon dont nous utilisons notre énergie : aucune mièvrerie dans ses enseignements, mais une alliance de réalisme et de respect de la vie. Trungpa nous incite en quelque sorte à accepter et à créer : accueillir le quotidien avec un esprit ouvert, créatif, respectueux, en étant prêt à l'utiliser comme une partie intégrante de notre développement.

  • La vie de thérèse d'avila racontée par marcelle auclair possède les couleurs et la vivacité d'un roman de cape et d'épée.
    Et pourtant, il n'est pas dans cet ouvrage un fait qui ne soit conforme à la stricte vérité historique, pas un mot prêté à sainte thérèse qu'elle n'ait effectivement prononcé. c'est cette double qualité - un récit à l'allure souple, vivante et agréable, d'une part, étayé à chaque page par les références historiques les plus solides, d'autre part - qui fait la valeur inégalée de cette biographie. ecrire la vie extraordinaire d'une des plus grandes mystiques de tous les temps était une gageure : marcelle auclair l'a réussi au-delà de toute attente.

    André maurois ne parlait-il pas, lors de la parution de ce livre, de "biographie parfaite" ?.

  • Paroles du Christ

    Michel Henry

    • Seuil
    • 27 Septembre 2002

    « La question que nous posons est une question de principe. Est-il possible à l'homme d'entendre dans le langage qui est le sien une parole qui parlerait dans un autre langage, qui serait celle de Dieu, très exactement de son Verbe ? [...] Nous prendrons pour guide de notre réflexion les paroles même du Christ. Car ce sont elles sans aucun doute qui contiennent la réponse. De même en effet que toute assertion scientifique et au fond toute affirmation humaine portent en elles une prétention à la vérité, de même la parole du Christ se distingue par une prétention démesurée aux yeux et aux oreilles de beaucoup d'hommes de ce temps. Sa prétention n'est pas seulement de transmettre une révélation divine mais d'être en elle-même, purement et simplement, cette Révélation, la Parole de Dieu lui-même. En suivant pas à pas l'enchaînement de ces paroles nous nous efforcerons de voir si elles sont capables de légitimer une telle prétention : proférer la Parole de ce dieu que le Christ dit être lui-même ».

    M. H.

  • Abus sexuels, concentration de la parole et du pouvoir, exclusion des femmes : comment ces faits ont-ils été rendus possibles au sein d'une institution née pour incarner la parole de Jésus ?

    Avec toute la vigueur de la colère et d'un attachement authentique au message évangélique, Loïc de Kerimel va à la racine du mal : l'Église ne produit pas privilèges et abus comme n'importe quelle institution de pouvoir le fait ; elle est fondée sur l'affirmation d'une différence essentielle entre une caste sacerdotale, sacrée, et le peuple des fidèles.

    Alors que Jésus dénonce le monopole des prêtres et de la hiérarchie lévitique du Temple dans l'accès au salut, l'Église chrétienne naissante se dote d'une organisation similaire. Alors même que le judaïsme naissant se convertit à une spiritualité sans prêtres ni sacrifices, l'Église donne au repas du Seigneur, l'eucharistie, une tournure sacrificielle.

    Or, c'est précisément autour du monopole sacerdotal, et masculin, de cette célébration que le cléricalisme a fait système et s'est installé dans l'histoire. Tenu à l'écart des réformes, il a généré les abus de pouvoir qui gangrènent l'Église aujourd'hui.

    Un livre passionnant et nécessaire.

  • « La question que je voudrais esquisser dans ce livre est une de celles qui me troublent le plus profondément. Elle me paraît dans l'état de mes connaissances insoluble et revêt un caractère grave d'étrangeté historique. Elle peut se dire d'une façon très simple : comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l'Église ait donné naissance à une civilisation, à une culture en tout inverse de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul [...]. Si bien que d'une part on a accusé le christianisme de tout un ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont en rien contenus, nulle part, dans le texte et l'inspiration d'origine et d'autre part on a modelé progressivement, réinterprété la Révélation sur la pratique qu'en avaient la Chrétienté et l'Église. Les critiques n'ont voulu considérer que cette pratique, cette réalité concrète, se refusant absolument à se référer à la vérité de ce est dit. Or il n'y pas seulement dérive, il y a contradiction radicale, essentielle, dont véritable subversion. »J. E.

  • Jésus

    Hans Küng

    • Seuil
    • 9 Janvier 2014

    Ce livre reprend très largement en l'adaptant pour aujourd'hui, Être chrétien, un livre paru il y a 40 ans en Allemagne et traduit au Seuil en 1978 (aujourd'hui en poche « Points-Essais »). Ce livre avait fait des vagues à l'époque, et Küng avait subi les foudres du Saint-Office. Pourquoi ? Parce que son hypothèse, exprimée ouvertement, est qu'il y a un fossé immense entre le Jésus humain qui a vécu il y a 2000 ans en Palestine, avec son message et son témoignage uniques, et l'Église institutionnelle d'aujourd'hui avec sa hiérarchie, ses fastes, et parfois ses scandales. Dès l'introduction, il reproche au Jésus de Nazareth de Josef Ratzinger, alias Benoît XVI, d'avoir proposé un Jésus très « divinisé », très spirituel, éloigné du Jésus terrestre et humain tel qu'on le trouve dans les évangiles. Lui, Küng, présente au contraire un Jésus très humain, contestataire de l'ordre établi, pris dans les conflits de son temps, en butte à l'hostilité des pouvoirs romain et juif, en lien unique avec Dieu, son « Père ».
    Le livre se présente aussi comme une synthèse claire et précise de tout ce que les historiens, les exégètes, les théologiens ont nous ont appris dans les décennies récentes à propos de Jésus, de son époque, de sa société, de son histoire, des conflits qu'il a vécus.

  • Cet ouvrage a pour but de présenter une description concrète et détaillée de la méditation bouddhiste, plus particulièrement celle enseignée dans l'école zen : les processus psychologiques à l'ouvre, les différentes techniques, les différences avec les autres formes de méditation, bouddhistes ou non bouddhistes, la relation entre l'enseignant et le méditant, le savoir-faire de l'enseignant - et tout simplement : comment fait-on concrètement ? Car si la simplicité de la formule du grand Dogen, « S'asseoir, tout simplement », ne peut remplacer de telles explications, même des maîtres contemporains comme Trungpa ou Suzuki ne les donnent que rapidement.
    La méditation bouddhiste suscite un réel engouement, notamment par le développement d'une forme laïcisée à visée thérapeutique, « la pleine conscience ». Mais pour les bouddhistes, l'apaisement n'est que la condition première de cette pratique. Les méditants s'engagent en effet dans un chemin d'exploration, souvent difficile, de leurs confusions, de leurs frustrations et de leurs illusions, qui requiert une assurance et une tranquillité minimales.
    C'est pourquoi ce livre est un livre indispensable sur la voie d'une méditation authentique.

  • Radical, brillant, inspiré, ce livre explore la teneur et le sens de l'acte de prier, et ce à quoi il conduit : l'extase. Le paradoxe de la prière est sa caractéristique la plus significative. Besoin fondamental, elle est prise entre son urgence et son extrême difficulté. Elle lie la plus grande individualité et le lien le plus puissant, le détachement et l'attachement, la soumission et la condamnation, l'acceptation d'une volonté divine et sa contestation. Mais elle permet, par là même, l'évasion mystique, l'élévation vers l'essence du monde, en étant à la fois en lui et hors de lui. En ce sens, elle pourrait bien être la solution du paradoxe premier de l'homme : accomplir une oeuvre qui n'est pas de ce monde -, et sa voix la plus authentique. Parole musicale par excellence, parole révélante, elle propose dialogue, changement, conversion. Difficile, impossible parfois, tant ce qu'elle met en jeu - le don, le pardon et l'abandon - est rare, elle dépend aussi de conditions - un lieu, une liturgie, un moment - que le livre explore.
    À travers l'évocation de textes religieux et profanes, des pères de l'Église à Angelus Silésius, de Rimbaud à Bonnefoy, ou encore d'Anna Akhmatova à Simone Weil, cet essai est un manifeste sensible et poétique sur le besoin de prier - fût-ce celui que Ionesco appelait " le Je ne sais Qui ".

  • Ni apologétique ni polémique, mais témoignant d'une sympathie pour le « héros » de l'histoire que fut Jésus de Nazareth, ce livre en offre une présentation éclairante et sans fard destinée à un public large. Vulgarisant avec talent les travaux des historiens et des théologiens, il répond aux questions déterminantes concernant cette figure au coeur du christianisme, y compris celles qui provoquent refus, critique, dérision ou incompréhension. Que sait-on avec certitude de Jésus et de son existence ? Quelles sont les sources de ce savoir ? Qui était-il : maître de sagesse, prophète, Dieu, demi-Dieu ? Pourquoi l'appelle-t-on « Sauveur » ? Que recouvre l'idée de miracles ? En quel sens comprendre l'amour du prochain qu'il prônait ? Pourquoi cette foi incroyable en sa résurrection ? Peut-on dire qu'il fut le fondateur du christianisme ? Quel lien établir entre son existence, son message et l'Église ?

    Un petit livre clair et passionnant qui, du Jésus de l'histoire à la singularité de son message, permet de comprendre la portée et le rôle de ce dernier dans la naissance du christianisme, comme la postérité de celui qu'on appela « Christ ».

    Monseigneur Joseph Doré, théologien et ancien archevêque de Strasbourg, a notamment publié La Grâce de vivre (Bayard, 2003) et Peut-on vraiment rester catholique ? (Bayard, 2012). Il est l'un des meilleurs spécialistes français de Jésus, et a dirigé deux collections éditoriales, dont « Jésus et Jésus Christ » chez DDB.

empty