Albin Michel

  • « C'est de l'hébreu pour moi ! » Cette expression populaire marque bien le sentiment d'étrangeté que suscite souvent la langue dans laquelle est écrite la Bible. Pourtant, au même titre que le grec et le latin, l'hébreu est à la source notre patrimoine culturel et spirituel. Tel est le paradoxe que relève Julien Darmon, et qui le conduit à déconstruire les préjugés ancestraux pesant sur une langue réputée « difficile », lointaine parce que « sémitique », « langue morte » qui aurait été réveillée uniquement par le sionisme, etc.
    Une fois écartés ces obstacles imaginaires, l'hébreu nous livre son génie propre : celui des 22 lettres de son alphabet qui peuvent se combiner d'une manière quasi infinie, donnant au texte « divin » une extraordinaire polysémie. Tout fait sens dans l'écriture de la Torah, et la tradition juive se caractérise par une incomparable liberté d'interprétation. Les chrétiens eux-mêmes gagneraient à s'initier à la langue dans laquelle priait Jésus, dont les paroles prennent des connotations insoupçonnées à la lumière de leurs résonances sémitiques. Julien Darmon en livre maints exemples et démontre ainsi que, loin de lui être opposé, l'Esprit réside au coeur de la Lettre.

  • Le Coran est-il antisémite ? L'islam véhicule-t-il une « haine du Juif » qui le rend incompatible avec les valeurs occidentales ? Le regard de l'islamologue est indispensable pour dépassionner le débat et sortir des jugements à l'emporte-pièce. Sans rien masquer des aspects les plus problématiques, le grand savant Meïr M. Bar-Asher fait le point sur ce dossier brûlant. Il passe en revue l'image des « fils d'Israël » et des « Juifs » dans le Coran et le Hadîth, ainsi que les bases coraniques du statut de dhimmi. IL s'attarde également sur l'apport extraordinaire de la tradition juive à l'exégèse musulmane du Coran, ainsi que sur les parallèles entre les lois religieuses juive et musulmane, halakha et sharia. Il montre surtout que la question du rapport de la tradition islamique à la figure du Juif et au judaïsme est complexe, et qu'on ne saurait la ramener à la caricature qu'en donnent tant les prédicateurs islamistes que les islamophobes.
    Un ouvrage accessible, essentiel pour comprendre les enjeux de société actuels.

  • Rachel Ertel a consacré sa vie à faire connaître et reconnaître la littérature yiddish aux lecteurs francophones. Par ses essais, ses traductions et son enseignement, elle a oeuvré pour la sauvegarde et la transmission de ce riche espace culturel.
    Son parcours personnel est bouleversant : c'est celui d'une petite fille aux parents écrivains rescapés de la Shoah, qui fut déportée en URSS pendant la guerre avant de trouver refuge en France et de voyager aux États-Unis ; c'est aussi celui d'une femme de conviction, déracinée mais passionnée, amie des artistes, des poètes et des grands auteurs yiddish du XXe siècle. Au fil des souvenirs convoqués émergent les grandes problématiques au coeur de la création littéraire, et en particulier les enjeux de toute traduction : Comment transmettre une mémoire perdue, ressusciter un monde aboli ? Comment transposer une langue mourante, liée à un vécu et à une destruction hors parole, en une langue vivante ? Comment concilier le deuil de la langue et la jouissance esthétique de la translation, de la transposition, de l'écriture ?
    À travers la voix forte d'une grande passeuse de la mémoire du monde yiddish, nous entendons la langue des assassinés. Rachel Ertel nous rappelle que l'Anéantissement est au-delà des pleurs, du temps, comme une entaille dans l'histoire de l'humanité, dont seule l'écriture peut porter témoignage, afin qu'il ne soit jamais oublié.
    Rachel Ertel a enseigné la littérature américaine à Paris 7 où elle a fondé le Centre d'études judéo-américaines. Elle est également présidente d'honneur de la maison de la culture yiddish.
    Stéphane Bou est journaliste.

  • Menahem Mendel de Kotzk (1787-1859) est l'une des figures les plus marquantes et les plus iconoclastes du hassidisme, ce mouvement mystique juif révolutionnaire, fondé sur la joie et l'adhésion à Dieu offerte à tous. Opposé au dérives somptuaires et superstitieuses du hassidisme tardif, le Kotzker Rèbbè est un maître spirituel exigeant, qui met la Vérité au centre de tout, refuse le rôle d'intercesseur et brise les codes : « J'avais toujours espéré réunir une communauté de disciples pour déambuler avec eux dans la forêt ; et tout ce que j'ai su réunir, c'est un troupeau de boeufs ! », lance-t-il à ses hassidim.

    Le Rèbbè a brûlé ses rares écrits avant sa mort ; les Récits hassidiques de Kotzk (Kotzker Maysses) réunis par Eliezer Bergman (mort dans le ghetto de Varsovie) sont le principal témoignage de ce qu'était vraiment l'enseignement vivant du maître. Nathan Weinstock en a traduit et commenté ici quatorze parmi les plus frappants. Certains sont très connus, mais prennent une autre couleur lorsqu'ils sont rattachés à Kotzk ; d'autres sont de formidables découvertes.

  • Chaque shabbat est lue à la synagogue l'une des cinquante-quatre sections de la Torah (Pentateuque). L'année juive est ainsi scandée, d'année en année, par la récurrence des récits bibliques, depuis la création du monde jusqu'à la mort de Moïse. Ce rythme hebdomadaire est aussi le moyen pour les rabbins de révéler, par un approfondissement du texte, les forces profondes à l'oeuvre dans une culture qui relit incessamment le texte qui l'enfanta.
    Léon Askénazi, dit " Manitou ", fut l'un des acteurs majeurs du renouveau de la pensée juive en France, y compris après qu'il se fut installé à Jérusalem, en 1966. Algérien maîtrisant les complexes abstractions talmudiques des écoles lituaniennes, kabbaliste de haute volée amoureux de la terre d'Israël, il fait partie de ces rares maîtres capables d'embrasser l'ensemble de la pensée juive et d'en rendre l'essence accessible à tous, tout en en faisant ressortir la formidable actualité. C'est ce qu'il fit au fil des semaines dans la revue Ki MiTsion, en commentant la Torah. Par ces études, précédées du résumé de la section biblique afférente, chacun peut enfin vivre ses semaines aux côtés de cette pensée toujours féconde.

  • Coeur historique de l'Europe depuis le haut Moyen Âge, l'Alsace et la Lorraine constituent un foyer juif plus que millénaire devenu, depuis la Révolution française, un étonnant laboratoire de la modernité. De l'Émancipation à nos jours en passant par la guerre de 1870 et les deux conflits mondiaux, les juifs d'Alsace et de Lorraine ont su se forger une identité distincte, à la fois très particulière et ouverte sur l'universel, qui a exercé une influence décisive sur le judaïsme français. Aujourd'hui, si les communautés rurales traditionnelles sont en voie de disparition, cette culture entretient fièrement sa spécificité.
    C'est cette histoire singulière que nous retrace son plus grand spécialiste, le sociologue Freddy Raphaël.

  • Après vingt-cinq ans passés à observer le vécu et le comportement des femmes dans des zones de conflit du monde entier (Bosnie, Afghanistan, RDC, Kurdistan...), Carol Mann, historienne et sociologue, a voulu étudier dans la même perspective « genrée » un sujet qui la touche personnellement : l'expérience des femmes pendant la Shoah en France, ce qui jusqu'ici n'avait pas été traité en profondeur. Elle l'a fait à partir de la lecture de journaux intimes (Hélène Berr, Tereska Torrès et d'autres inédits) et surtout des milliers de lettres, et cartes postales, écrites principalement dans le camp de Drancy et rassemblées au Mémorial de la Shoah, dont certaines n'avaient pas été ouvertes depuis la guerre.
    À côté d'une analyse rigoureuse de la sociologie des victimes (israélites françaises et réfugiées de l'Est, bourgeoises et femmes du peuple...), on a ici la présentation d'un matériau unique : la tragédie en direct, écrite dans l'urgence sur des cartes réglementaires ou des feuilles à carreaux cachées dans des paquets, voire sur des bouts de papier jetés des wagons plombés. Leurs autrices, obsédées jusqu'au bout par la survie de leurs proches, ignorent encore ce qui les attend dans les camps de la mort, ce qui rend la lecture de ces documents d'autant plus poignante.

  • Le Talmud, coeur de la spiritualité juive, n'est pas seulement un extraordinaire entrelacs de lois et de récits ; c'est aussi et avant tout l'expression de la Torah orale, Parole toujours vivante, à la fois divine et humaine, portée par des Sages haut en couleur.
    De Hillel l'Ancien (début du Ier siècle, Palestine) à Rav Achi (fin du Ver siècle, Babylonie) en passant par Rabbi Akiva, Mar Chemouel, Rabban Yohanan ben Zakkaï ou encore Rech Lakich, Adin Steinsaltz nous fait découvrir treize personnalités riches et profondes qui, par la magie de l'étude talmudique, sont encore aujourd'hui en quelque sorte nos contemporains.
    Les leçons de vie qu'ils nous donnent n'ont en tout cas rien perdu de leur fraîcheur.

  • Contrairement à un préjugé très répandu, il existe bien une méditation proprement hébraïque, transmise discrètement depuis des siècles de maître à disciple.
    Marc-alain ouaknin nous introduit ici au coeur de cette pratique issue de la mystique juive, en s'attachant particulièrement à l'histoire et à l'esprit d'un mouvement qui a renouvelé en profondeur le souffle de la pensée juive : le hassidisme. il montre comment les maîtres assidiques, porteurs fervents d'une "sagesse de l'incertitude", ont développé un art de l'interprétation des textes dans laquelle l'homme s'invente et se transforme intérieurement au fur et à mesure qu'il invente de nouveaux sens.
    Art de la lecture ouverte qui devient "bibliothérapie", guérison par le livre, et qui amène l'homme à "faire retrait" en lui-même -tsimtsoum - comme dieu s'est "retiré" lors de la création du monde.

  • Jean, Marie, Jacques, Daniel, Anne... Des dizaines de prénoms parmi les plus courants puisent leurs racines dans l'histoire biblique. Des centaines d'autres, aux sonorités merveilleuses, sont issus des grands textes de la tradition juive ou témoignent du renouveau de l'hébreu en Israël : noms de fleurs, d'animaux, de pierres précieuses, de grands personnages... Le rabbin Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer en ont étudié plus de 1500. Ils sont ici répertoriés, accompagnés de tous les éléments nécessaires à la compréhension de leur sens profond.
    Mais ce livre n'a pas seulement pour but de faire découvrir l'origine d'un prénom ou d'en choisir un pour son enfant. A la lumière des mille richesses de la langue hébraïque, il nous introduit aussi dans une philosophie du nom, enracinée dans une tradition qui a déclaré absolument imprononçable le Nom suprême, YHWH par lequel Dieu s'est révélé à Moïse.
    Edition avec nouvelle couverture.

  • Longtemps on n'a vu dans la méditation hébraïque qu'une invention ou une importation d'autres cultures ; elle a pourtant toujours existé, son représentant le plus connu étant sans doute le kabbaliste du XIII e siècle Abraham Aboulafia.
    Prolongeant les travaux de Gershom Scholem et de Moshé Idel, Aryeh Kaplan montre que cette pratique trouve ses racines dans la Bible elle-même. Transmise de maître à disciple depuis les Patriarches jusqu'à nos jours, cultivée par les prophètes, elle se fonde sur l'interprétation symbolique de textes comme la vision d'Ezéchiel. L'auteur insiste également sur la valeur des Psaumes, qui fonctionnent comme des « mantras » aidant à la concentration et à l'élévation.
    Devenu un classique aux Etats-Unis, ce livre fondamental ouvre, comme le souligne Marc-Alain Ouaknin, de nouvelles pistes pour la lecture de la Bible.

  • La prière juive s'articule autour de deux grands pôles, dont la formulation remonte à l'Antiquité : le Chema, la profession de foi juive, et la Amida, la prière proprement dite. La Amida, qui signifie littéralement en hébreu " être debout ", comporte dix-neuf bénédictions où alternent louanges, professions de foi et requêtes particulières ou collectives. Elle couvre tout le spectre des croyances et des espérances du judaïsme et constitue, en fait, une véritable anthologie de la foi juive, riche de références bibliques et de postulats théologiques. Durant une année, Adin Steinsaltz a dialogué avec Josy Eisenberg. Cet ouvrage reproduit fidèlement leurs dix-neuf dialogues sur la Amida, enrichis d'explications complémentaires et de notes. Il porte un regard moderne sur ce texte fondamental récité trois fois par jour, et qui constitue le sommet de la piété juive.

  • L'écriture de l'histoire est un geste éminemment politique. Des chroniques royales au « roman national », c'est autour de l'écriture de l'histoire que s'est constituée l'histoire des nations.
    L'Émancipation des Juifs, initiée par la Révolution française et diffusée en Europe par les guerres révolutionnaires, a incité les Juifs à vouloir prendre place dans les cultures nationales. Confrontés à une société chrétienne qui les considérait comme « sortis de l'histoire » depuis près de deux millénaires, des intellectuels et rabbins juifs, érudits accomplis, se firent historiens pour promouvoir une approche scientifique du judaïsme qui devait leur permettre d'intégrer le panthéon culturel des nations. Quelles sont les méthodes et les pratiques mises en oeuvre par ces pionniers, quels étaient leurs objectifs affichés ou inavoués ? En quoi l'étude des fragments de la Geniza du Caire, de l'histoire de la dynastie hasmonéenne,  de l'attention portée à l'histoire des « Juifs de France » ou encore à la préservation et la transmission de la culture yiddish peut-elle être porteuse d'un projet de civilisation ? Et, dans quelle mesure le regard porté par ces constructions historiques s'exerce-t-il, sur l'histoire juive elle-même ? Autant de questions fondamentales pour la compréhension du présent auxquelles viennent répondre les auteurs réunis ici par Sylvie Anne Goldberg, parmi les plus éminents des études juives contemporaines.

  • Le Talmud, objet de toutes les méprises, est depuis deux mille ans au coeur de la vie juive traditionnelle. Livre unique, il a subi à l'image de son peuple les errances, les persécutions, les métamorphoses. Pierre-Henry Salfati, lui-même talmudiste, nous fait découvrir à travers tous les continents et toutes les époques comment le Talmud a généré communautés et individus incroyables, aux histoires surprenantes et uniques : les génies qui connaissent chaque cm2 de ses milliers de pages par coeur, les employés de Manhattan qui l'étudient chaque matin dans le train, les hassidim messianiques de Jérusalem, les collectionneurs fous. Parmi cette galerie fantastique, le livre est lui-même un personnage à part entière. On découvre ainsi des histoires de faux traités, d'autodafés, de cimetières livresques, de controverses avec le Ciel, d'imprimeries babéliennes, ou encore de divorce royal - celui d'Henry VIII en l'occurrence.
    De New York à Jérusalem en passant par Paris, Venise ou Worms, Pierre-Henry Salfati nous initie avec bonheur à un monde peu connu, peuplé de figures exubérantes et de mystères historiques. Une vraie belle histoire juive, en somme, dans tous les sens du terme.

  • René-Samuel Sirat, né à Bône, en Algérie, en 1930, a été Grand-Rabbin de France de 1981 à 1988. Figure majeure du judaïsme français, il également été un acteur historique des études juives contemporaines ainsi que du dialogue interreligieux. Militant infatigable d'un judaïsme cultivé, apaisé et engagé dans la coexistence au sein de la Cité, il revient dans ce livre sur son itinéraire qui résonne si profondément avec une certaine histoire de la France contemporaine.
    D'une enfance algérienne marquée par la culture judéo-arabe traditionnelle à la reconstruction de la communauté juive française après la Shoah, du travail universitaire et communautaire à la fraternité judéo-chrétienne (notamment à travers l'affaire du « carmel d'Auschwitz » où il fut l'interlocuteur de Mgr Decourtray et Jean-Paul II) et judéo-musulmane, c'est finalement toute la genèse de notre présent qu'il éclaire en témoin privilégié du siècle.

  • Depuis la nuit des temps, les religions ont servi de justification aux pires crimes. Les trois monothéismes abrahamiques, en particulier, n'ont cessé de se jalouser et de s'entretuer. Faut-il se résoudre à cette fatalité ? Cette haine fratricide a-t-elle son fondement dans les textes sacrés eux-mêmes ? Telles sont les questions que pose sans fard Jonathan Sacks, Grand Rabbin émérite du Royaume-Uni et du Commonwealth et l'un des penseurs juifs les plus audacieux de notre époque.
    Pour y répondre, il choisit de se pencher sur les Écritures de sa propre tradition - reconnues comme telles également par les chrétiens. Oui, affirme-t-il, à un premier niveau de lecture, la Bible est bien porteuse de violence. Mais il est possible et nécessaire de la lire autrement : on s'aperçoit alors que sous la surface du texte se déploie un contre-récit puissant qui nous livre les clés théologiques et politiques pour sortir de cette spirale infernale. Dans ce livre très pédagogique, il nous invite tous, croyants et non-croyants, à de défendre cette lecture contre ces fondamentalismes qui prétendent parler - et tuer - au nom de Dieu.

  • Le mot hébreu pour dire "année", chana, renvoie à la fois à la répétition et au renouvellement.
    Pour faire surgir dans notre quotidien des possibilités de renouveau, la Torah nous a donné des points de rendez-vous : les fêtes du calendrier hébraïque. Ces jours de souvenir sont là pour éclairer notre voie et l'enrichir de jalons empreints de sens. Intégrés dans le cycle de l'année, ils constituent des ouvertures nous permettant de nous réjouir ou de nous attrister, mais aussi de nous transformer et de nous renouveler.
    Ils sont autant d'occasions de dresser un bilan spirituel et de recevoir un supplément de vitalité. C'est à leur découverte que nous invite Adin Steinsaltz.

  • " Aînée " des trois religions abrahamiques, le judaïsme occupe une place singulière dans l'histoire mondiale des religions. À la fois familière et méconnue, objet de fascination et cible d'une haine difficile à expliquer, la religion juive est avant tout l'expression spirituelle d'une culture plusieurs fois millénaires que les meilleurs spécialistes nous invitent à découvrir dans ce livre.

    Avec : Sylvie-Anne Goldberg, Sophie Kessler-Mesguisch, Mireille Hadas-Lebel, Benjamin Gross, André Lemaire, Armand Abécassis, Adin Steinsaltz, Roland Goetschel, Marc-Alain Ouaknin, David Messas, Alain Goldmann, Michel Gugenheim, Jean-Pierre Allali, Nelly Hansson, Elie Barnavi, Sergio della Pergola, Georges Bensoussan, Annette Wieviorka, Régine Azria.

  • On peut difficilement imaginer terrain plus miné que celui de l'archéologie biblique. Sur tous les plans - théologique, historique, politique, diplomatique - elle soulève les plus grandes passions, les débats les plus passionnés quant aux origines de la civilisation monothéiste, à cheval entre le mythe et l'histoire.
    Le petit livre du professeur Cline, l'un des plus éminents spécialistes contemporains de la discipline, permet de faire le point sur les enjeux du champ. Il retrace d'abord une salutaire histoire des fouilles et des interprétations, depuis les premières excavations menées, Bible en main, par des théologiens protestants jusqu'aux méthodologies actuelles en passant par l'épineuse question des nationalismes proche-orientaux et les relations équivoques avec le champ de la critique biblique. Il fait ensuite le point, avec une impeccable rigueur, sur l'état actuel de notre savoir, depuis l'époque du Déluge jusqu'à celle de Jésus.
    Ce livre constitue un vade-mecum indispensable à quiconque s'intéresse à l'histoire de notre culture.

  • Figure majeure de l'histoire de France, Saint Louis constitue pour les juifs un symbole ambigu. D'un côté, il représente la bigoterie antijuive puisqu'il fait brûler le Talmud, impose le port de la rouelle (l'ancêtre de l'étoile jaune), et cherche à expulser les juifs du royaume de France. D'un autre côté, le XIIIe siècle qu'il incarne constitue pour les juifs de France un certain âge d'or.
    Au-delà de la figure personnelle de Louis IX - du reste plus pragmatique qu'on ne le pense traditionnellement - Juliette Sibon dresse un portrait clair de la société juive d'alors, abordant tant son rapport au pouvoir politique que son insertion socio-économique en cette ère de naissance du capitalisme ou sa vie culturelle très riche.
    Cet ouvrage de synthèse, très accessible, nous ouvre à une époque clé de l'histoire juive mais aussi à un aspect méconnu de l'histoire de France.

  • Présente depuis l'époque de l'Empire romain, la communauté juive d'Italie est riche d'une histoire plurimillénaire. À la Renaissance, elle a pleinement participé à cette formidable aventure culturelle que nous fait revivre Alessandro Guetta. Les études bibliques, talmudiques, la philosophie et la kabbale, mais aussi la linguistique, la poésie, le théâtre, connaissent une effervescence sans pareille, avant et après l'institution des ghettos. Pendant cent cinquante ans, les Juifs d'Italie ont su développer une culture à la fois fidèle à leur tradition et ouverte aux nouveautés de l'époque : en un mot, une culture juive « moderne ».

  • Les Juifs ont souvent entretenu un rapport singulier à la modernité. C'est particulièrement vrai en France où, très tôt émancipés, ils prirent pleinement part à l'épanouissement du pays. En même temps qu'elle leur accorde la citoyenneté, la Révolution française leur ouvre l'accès à la science.
    Héritiers d'une culture où sacré et profane, loin d'être opposés, s'entremêlent, ils sont les premiers à s'engager dans l'aventure des sciences de l'homme qui marque le XIXe siècle. En effet, les savants juifs conservent de la tradition une conception du temps et de l'histoire qui leur permet d'échapper aux dilemmes auxquels sont confrontés les érudits protestants ou catholiques. Leur familiarité avec l'Orient et l'absence de dogmes, autorisant l'inclusion du religieux dans leurs objets d'étude, expliquent leur rôle fondateur dans l'essor de la science des religions mais aussi de la philologie, de la linguistique, de la mythologie comparée ou de la sémantique. Salomon Munk, Michel Bréal, Adolphe Franck, James et Arsène Darmesteter sont les grands ancêtres des intellectuels du XXe siècle.
    Cette rencontre entre judaïsme et modernité éclaire d'un jour nouveau l'histoire politique et intellectuelle française, restituant au religieux la part qui lui revient. Elle permet de saisir comment, depuis leurs disciplines respectives, les savants juifs contribuent à poser l'une des questions centrales de la modernité : celle de l'identité.Directrice de recherches au CNRS, Perrine Simon-Nahum est professeur attaché au département de Philosophie à l'École normale supérieure. Elle a publié en 2017 une nouvelle édition du Journal de Michelet.

  • La fête de Pâque ou Pessa'h, qui commémore et fait revivre la Sortie d'Égypte, peut être considérée comme la célébration la plus importante de l'année juive. Sa première soirée, en particulier, foisonne d'éléments symboliques, tant au niveau des aliments - pains azymes, herbes amères, agneau pascal à l'époque du Temple de Jérusalem - qu'au niveau du commandement unique de lire et de commenter, jusqu'au bout de la nuit, le récit de la Sortie d'Egypte.
    Depuis des millénaires, les familles juives se réunissent donc ce soir-là pour lire la Hagada, le « récit », patchwork de versets bibliques et de commentaires midrashiques scandé par des rituels symboliques dont la fonction est avant tout d'aiguiser la curiosité des participants et de les inciter à poser des questions.
    Il fallait tout l'art du rabbin Adin Steinsaltz pour rendre accessible ce texte fondamental au grand public, juif ou non. Il le fait ici avec sa bienveillance habituelle, ne négligeant ni l'élucidation pédagogique, ni l'exploration des profondeurs mystiques qui font la richesse de cette tradition.
    L'ouvrage comprend également le texte hébraïque d'origine et sa traduction en français, le tout agrémenté de superbes illustrations de Franck Lalou en quadrichromie.

  • 4e Etre juif en Pologne Daniel Tollet NOV. 2010 13/09/2010 La présence des Juifs en Pologne a duré un millénaire, au cours duquel cette population n'a cessé de s'accroître jusqu'à la catastrophe de la Shoah.
    Quelles sont les conditions économiques, culturelles, religieuses et politiques qui ont permis cette présence juive ? Comment le climat s'est-il dégradé à partir de la vague européenne d'antisémitisme survenue à la fin du XIXe siècle ? Quels ont été les apports des Juifs de Pologne à la pensée juive et à la culture polonaise ?
    Parce que les Juifs ont voulu et ont pu s'intégrer en Pologne, leur histoire est indissociable de celle de ce pays. Et parce qu'ils ont été nombreux à s'y installer, l'histoire de la Pologne est indissociable de la leur.
    Dans cet ouvrage de synthèse, Daniel Tollet, docteur ès lettres, ingénieur de recherche à l'université de Paris-IV-Sorbonne, auteur d'une Histoire des Juifs de Pologne du XVIe siècle à nos jours, s'efforce de répondre à ces questions en fonction des nouvelles sources historiques disponibles depuis la fin du régime communiste.

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