Bord De L'eau

  • La découverte inespérée des registres du collège Gambetta, grâce à l'acharnement de Claude Smadja, l'un des initiateurs du Comité Tlemcen, a permis que le nom de ma soeur Bella soit gravé avec ceux de ses camarades d'école assassinés comme elle

  • Son originalité est d'avoir réuni deux histoires personnelles en une. La première est celle d'un jeune couple de Juifs polonais qui, fuyant la progression de l'armée hitlérienne en septembre 1939, part à l'Est, revient en 1941 à Varsovie dans le ghetto, arrive à survivre aux rafl es, aux déportations, aux camps, et en 1945, en négligeant les démons profondément enracinés dans la société polonaise, décide de revenir et vivre à Varsovie parce qu'il croit à la promesse d'un avenir meilleur... La deuxième histoire est celle de l'auteure à qui, enfant, on n'a rien dit, les uns pour la protéger, les autres pour façonner l'Histoire au service de l'auto-justifi cation d'un régime totalitaire.

  • Un fi ls raconte son père Albert Bennaim, né à Oran en 1915 dans une famille juive, nombreuse et modeste. Obligé de travailler très jeune, dès l'âge de 11 ans, pour tenir la petite boucherie familiale. Il raconte l'Oran juif des années 20 et 30. Pour quitter cet enfer qui avait ruiné sa jeunesse, il décide à 19 ans de s'engager pour faire son service militaire. Trop malingre, il est réformé deux années de suite, puis ne se présentant pas volontairement, il est incorporé d'offi ce. À partir de février 1937, il fait son service militaire en France, et là commence son Journal du Soldat Juif. Juif, parce que lui que la religion n'intéressait pas, voyait ses origines sans cesse lui être rappelées... Il raconte chaque moment de son long service militaire.
    Il raconte aussi chaque moment de sa guerre et de sa captivité à partir de Juin 1940 en Allemagne, d'où il décide de s'enfuir : une première évasion qui échoue de peu, et une autre réussie de manière géniale en arrivant à se faire passer pour aveugle.
    En octobre 1942, il revient en France, puis en Algérie où il attrape le typhus. Quand il guérit, les Américains débarquent et Giraud interne les jeunes Juifs dans des camps. Albert Bennaim raconte le camp de Bedeau d'où il s'échappera en 1943 pour rejoindre les Forces Françaises du Général Juin qui embarquées sur les navires de guerre Américains se dirigeront vers l'Italie.
    Dix-huit mois de campagne d'Italie : il est basé à Naples et aff ecté à l'approvisionnement des troupes. Il les raconte avec humour, avec une grande passion pour ces incroyables Napolitains qu'il observe dans leurs combines, dans leur religion et jusque dans leurs proverbes. Puis la France en 1945 jusqu'à la Libération...

  • « Le pire c'est que nous savions. » Comme si cette destruction nous était intime, connue. Charlie abandonné, puis criminalisé et enfi n ciblé était devenu juif. 15 ans déjà que ça dure.
    Ma génération avait connu un privilège presque unique dans l'histoire, nous avions pensé qu'après la Catastrophe, la source du venin était tarie, nous avons cru en un monde pluriel où nous avions enfi n notre place.
    Mais les amants du chaos se sont réveillés. Depuis des années déjà, ils abreuvent les jeunes générations de leur fi el et de leur ressentiment. Aux mots ont succédé les meurtres ; celui d'Ilan Halimi, celui des enfants juifs de Toulouse, des clients d'un magasin cacher et le mitraillage de toute la rédaction de Charlie. Et aux meurtres ont succédé les mots, tous les maux.
    Pendant des décennies, l'idéal révolutionnaire s'était combiné avec le désir d'émancipation, la soif de fraternité.
    Qu'aujourd'hui la révolte soit si profondément contaminée par la haine, alors même que l'on se pensait vaccinés des idéologies totalitaires constitue une grande tristesse. Pour moi et pour tous les miens.
    Que sont mes amis devenus ? Ceux avec qui j'ai longtemps milité ?

  • Comme le héros du Procès de Kafka, Catherine Pederzoli-Ventura a certainement commis quelque chose de grave puisqu'elle a été dénoncée, harcelée et suspendue pendant quatre mois de ses fonctions de professeure d'histoire d'un lycée de Nancy.
    Elle a aff ronté un véritable procès en sorcellerie, instruit au coeur de l'école laïque.
    Elle organisait, préparait et encadrait chaque année un voyage de la mémoire de la Shoah, au cours duquel les élèves étudiaient cet événement majeur de l'histoire contemporaine sur le site d'Auschwitz-Birkenau.
    Refusant les visites au pas de course, Catherine Pederzoli-Ventura a toujours intégré les voyages à l'enseignement de l'histoire, situant la Shoah dans son contexte, le nazisme, la Seconde Guerre mondiale, et menant ses élèves sur les lieux de la vie juive, en Pologne et en République tchèque.
    Manifestement, cette démarche gênait. L'administration de l'Éducation nationale a usé de tous les moyens pour écarter Catherine Pederzoli-Ventura de ces voyages, et même de l'enseignement de l'histoire. Cette professeure expérimentée, légitimement fi ère des résultats de ses élèves au bac dans sa discipline, s'est vue accuser de manipuler de jeunes esprits et d'avoir masqué des incidents de voyages, lesquels se sont avérés imaginaires.
    Catherine Pederzoli-Ventura a fait l'objet d'une inspection menée comme une instruction judiciaire à charge, sur la base de témoignages anonymes qui, tous, ont disparu lorsqu'elle a pu enfi n se défendre, devant le conseil de discipline de l'académie de Nancy. Toutes les accusations se sont alors évanouies, y compris celles de l'Inspection générale d'histoire qui contestait jusqu'à l'emploi du mot « Shoah ».

  • Depuis les années 2000, les Juifs en France sont soumis à un double défi existentiel : d'ordre physique, d'une part, comme cible désignée d'un terrorisme « islamique » de plus en plus meurtrier ; d'ordre moral, d'autre part, avec un sentiment de solitude dans l'épreuve par rapport à l'ensemble du monde social de ce pays.
    Interroger les deux grandes traditions politiques juives est devenu nécessaire...
    La modernité juive a généré deux grandes traditions politiques sur les rapports entre diasporas juives et États-nation de résidence : la première, sous l'impulsion de Moses Mendelssohn au XVIIIe siècle, se développe autour de l'idée de séparation de l'espace religieux et de l'espace civique ; la seconde, popularisée à la fin du XIXe siècle en Europe orientale par l'historien et penseur politique Simon Doubnov, milite en faveur d'une émancipation des Juifs sur deux plans solidairement, de l'égalité socio-politique et de l'égalité culturelle.
    Simon Wuhl met au jour l'influence de chacune de ces traditions, comme références pour les principales diasporas juives occidentales dans leur rapport à l'intégration au sein des États-nation : en France, les thèses de Moses Mendelssohn et des Lumières juives étaient connues dans les années précédant la Révolution de 1789 ; aux États-Unis, des penseurs juifs ont prolongé l'esprit de l'autre version de la modernité juive exprimée par Simon Doubnov et les intellectuels d'Europe de l'Est à l'orée du XXe siècle, en formalisant les idées d'une organisation de la société ouverte à la différence culturelle.

  • La communauté hassidique d'Anvers, qui confère au quartier juif de la ville son aspect de Shtetl, se manifeste par la présence de personnes vêtues de noir. En effet, c'est la couleur vestimentaire traditionnelle adoptée par les hommes et les femmes hassidiques, dès leur maturité religieuse à l'âge de 13 ans, à l'exemple des tenues vestimentaires de leur communauté dans ses localités d'origine, en Europe de l'Est (le Shtetl) avant la Seconde Guerre mondiale. Visuellement, ils marquent de leur empreinte le quartier juif, dans le quartier diamantaire et aux alentours. Ceci explique pourquoi la presse et le peuple confondent les notions de « juif anversois » et de « juif hassidique ». Ces hassidim sont les adeptes du rabbin Israël ben Eliezer (env. 1700-1760) dont le mouvement s'opposait à l'intellectualisme religieux excessif, qui réduisait la pratique religieuse à la seule étude des textes religieux et qui attachait une valeur suprême à la connaissance des sources du judaïsme. Or, cette approche intellectuelle de la religion produisait un effet secondaire : quiconque témoignait d'un manque de connaissances était en butte au mépris des « savants ». En attendant une hypothétique histoire du Shtetl, les images de Dan Zollmann, cet incomparable photographe du Shtetl, nous en propose, avec un talent doublé d'innocence, un récit pictural capturant, de façon incroyable, jusqu'aux détails les plus infimes. Son travail nous raconte l'histoire intemporelle de ce Shtetl. En pénétrant dans les passages et les alcôves les plus intimes, en se faufilant dans le mystérieux bain rituel (mikve), dans l'intimité des salles de séjour ou dans les arrière-boutiques de petits artisans, ou encore en photographiant, sous un angle mort dans une maison de culte, l'assiduité à la prière ou l'assoupissement d'un vieil homme, il nous révèle le coeur vivant de cette communauté si fermée et méconnue. L'espace d'un instant, il nous fait partager la familiarité et l'intimité de ces hassidim. Les photos prises par Dan Zollmann nous content les tribulations contemporaines de ces Anversois hassidiques perçus comme inaccessibles, mais dont la découverte du milieu bon enfant, avec leur lot d'amour et de souffrance, mais dans la félicité et la satisfaction, brise les clichés.

  • Juif, combattant, poète et sioniste de gauche, Abba Kovner a 21 ans quand il se retrouve enfermé dans le ghetto de Wilno. Après avoir tenté d'organiser l'insurrection, il s'enfuit par les égouts dans la forêt, où ce « leader né » prend la tête d'une unité de très jeunes partisans, devenue légendaire par ses exploits au combat jusqu'en 1945.
    Le charismatique « commandant-poète » Kovner fut un des tout premiers Juifs d'Europe à comprendre, dès 1941, la véritable étendue du plan nazi et à prôner l'autodéfense et la lutte armée, au mépris de l'avis général. Après la guerre, Kovner s'attarde en Europe pour contribuer à l'émigration clandestine des survivants. Et pour mettre au point une vengeance implacable : empoisonner les réserves d'eau potable de plusieurs villes allemandes... Fort heureusement, ce plan échouera et, après maintes péripéties, on retrouvera Kovner en Israël. Considéré comme une autorité morale, il y devient offi cier de renseignement au sein de la fameuse brigade Givati qu'il contribue à fonder ; il rejoint le Mapam, devient l'âme de son kibboutz Hein Haboreh et crée, entre autres, le Musée de la Diaspora.
    Cette vivante biographie repose sur de nombreuses sources inédites et combine rigueur universitaire et accessibilité : la vie littéraire juive à Wilno dans les années 30, la Shoah, la résistance, la tentative de se réapproprier la violence, la création de l'État d'Israël, l'épopée de l'Alyah Beth et des kibboutznikim, en passant par le procès Eichmann, dont il fut un des grands témoins.

  • Ce livre raconte une controverse au sujet d'une pièce de théâtre jouée à La Rochelle. Elle était construite sur un ensemble de stéréotypes antisémites anciens et nouveaux. On y voit le Juif dominateur, le profiteur, le censeur qui cherche à masquer ses turpitudes, le manipulateur qui met en esclavage notre jeunesse, le Juif qui s'enrichit grâce à la Shoah, et dont la religion n'est qu'un paravent, etc.
    Cette pièce est d'un conformisme désolant. Elle serait totalement tombée dans l'oubli aujourd'hui si de nombreux responsables n'avaient pris fait et cause pour défendre la troupe et ses animateurs des ateliers d'écriture et de mise en scène. Des enseignants et des responsables de l'Université de La Rochelle ainsi que des sections locales d'associations telles que la Ligue des Droits de l'Homme, la Libre Pensée, le syndicat Snesup et le Centre Intermondes se sont lancés dans un combat pour la défense de cette pièce. Certains collègues n'ont pas hésité à m'injurier, à me diffamer sur le Forum de mon université, ou à cautionner ces attaques. On a inventé toutes sortes de manoeuvres de diversion qui permettaient de masquer le problème de l'antisémitisme de la pièce. Ainsi, les institutions qui étaient en charge de la pédagogie à l'université et de la défense des valeurs de la république ont donc failli dans cette affaire. Elles ont laissé se développer un climat délétère à l'université.
    Bref, ce livre parle d'une dérive dangereuse de la pensée, dans laquelle la violence verbale et le discours haineux s'expriment avec une totale désinvolture à l'université.

  • Paris, 1945. Dans la France libérée, les Juifs rescapés de la Shoah doivent faire face à des difficultés morales et matérielles qui semblent compromettre l'avenir du judaïsme en France.
    Contre toute attente, des écoles juives d'un genre nouveau ouvrent pourtant leurs portes dans la capitale.
    Cette réforme de l'éducation juive prend sa source dans la Résistance. Dès 1940, un groupe de jeunes Juifs, membres de mouvements de jeunesse, lance un ambitieux plan de retour au judaïsme. Versés dans l'étude des textes de la tradition, ces résistants fondent alors une stratégie de « résistance biblique » qui sera le point de départ d'un vaste mouvement de redéfinition de l'identité juive en France.
    Marginale à ses débuts, l'entreprise culminera dans les années 1960 avec la fondation d'un véritable courant intellectuel, l'École juive de Paris.
    En plus de suivre l'aventure personnelle d'hommes et de femmes à la volonté exceptionnelle, cette étude offre une plongée dans la fabrication in vivo d'une identité religieuse moderne et ouverte sur la cité, qui est parvenue à s'imposer à la Libération autour de Jacob Gordin et de l'école d'Orsay.

  • Ce récit raconte l'histoire de l'auteur et de sa famille en France avec un chapitre en Afrique, où l'auteur a vécu. Car c'est en Afrique qu'il sera convoqué comme Juif, devant un tribunal pénal par son propre patron, dans l'unique but de le faire condamner et emprisonner pour échapper à ses responsabilités d'employeur. Il quitte l'Afrique avec l'aide de l'ambassade et du consulat de France et parvient à retourner en France pour se défendre.
    A son retour en France, alors qu'il se remet de cet épisode, il acquiert une vieille maison en centre-ville à Orléans, jusqu'à ce qu'un acte antisémite bouleversant soit commis une nuit à son domicile et que l'histoire de la famille ne le rattrape. Il est comme happé par l'inscription laissée sur sa porte qui le renvoie aux images les plus sombres de l'histoire...

  • Simon Wuhl a été pris avec ses parents dans les filets de la rafle du Vel. D'hiv. Il n'avait pas deux ans : il a ainsi pu en réchapper avec sa mère. Son père sera déporté et assassiné à Auschwitz.
    C'est progressivement qu'il prendra conscience, derrière l'ampleur de la tragédie, de la vie particulièrement intense de ce père, ouvrier du bâtiment, engagé dans les combats pour l'émancipation sous toutes ses formes.
    Au-delà de son rayonnement personnel, le père de l'auteur est une figure du judaïsme d'Europe orientale, portée par un mouvement de sécularisation, associant émancipation culturelle et émancipation socio-politique.

  • Elle rêvait d'un ailleurs.
    À vingt-deux ans, Tauba, ma mère, quitte la Bessarabie pour fuir les pogroms et la pauvreté. Refusant l'univers trop étriqué de son pays natal, elle nourrit l'espoir d'accéder à une vie de dignité par-delà les frontières.
    Elle séjournera à Berlin en 1929, à Liège en 1930, et percevra avec angoisse les menaces qui pèsent sur l'Europe.
    Sa rencontre avec les militants de l'émigration juive communiste sera déterminante, de même que son expulsion de Belgique pour activités politiques.
    Paris l'émerveille, elle y pose son maigre bagage et se laisse entraîner dans la mouvance communiste aux côtés de Moysze, un Juif polonais rencontré en Belgique et avec qui elle fondera un foyer.
    La guerre en fait une clandestine et une résistante active dans les rangs de la Main d'OEuvre Immigrée ( M.O.I.).
    Je suis entrée dans sa vie une fois passées les années de tumulte et d'horreur.
    Une fois passées, pour Tauba, les années de peur et de courage.
    Mais l'ai-je vraiment connue ? Quand je me remémore ma mère, il ne me reste que le fatras de ses souvenirs livrés pudiquement, au compte-goutte. Et mon imaginaire.
    Ai-je réinventé ma mère ?

  • Les idées fausses ne meurent jamais  : le negationnisme, histoire d'un réseau international Nouv.

    « Salut, je m'appelle Anon, je pense que l'Holocauste n'a jamais eu lieu. » Tels furent les mots que prononça Stephan Ballet avant de commettre un attentat devant une synagogue à Halle (Allemagne - 9 octobre 2019). Le négationnisme, terme qui désigne la négation de la réalité du génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale, est ancré dans l'idéologie de ces militants extrémistes. Puisque les négationnistes affirment, haut et fort, que le génocide des Juifs est une supercherie de l'histoire, les Juifs ne sont plus des victimes de ce crime, mais des menteurs ; le nazisme, non seulement n'est plus coupable d'un crime de masse, mais il est légitime.

  • A l'âge de 22 ans, elle avait, G., avec ses parents, Georges et Eva, sauvé la vie de la famille Friedmann. Mais dès la Libération, Marthe, la mère juive, avait ordonné l'interdiction de revoir G., la « mauvaise femme » . Pendant 60 ans, l'ordre a été respecté. Et puis Jacques, le fi ls, a retrouvé la trace de G. Il lui a fait donner la Médaille des Justes. Pourquoi était-il resté, pendant si longtemps, aussi lâche ? Etait-ce parce qu'il avait « oublié d'être juif » ? « Je suis, dit-il, un Juif sans judéité. Juif pour moi, pas pour les autres. Être, c'est se souvenir. Je ne suis que ma mémoire. » Et dans la crypte du Mémorial de la Shoah, il éprouve enfi n « la sensation étrange, confuse, légère, de devenir juif ».

  • David B., l'auteur de ce pamphlet, n'en a naturellement pas marre d'être juif. À travers de courts chapitres qui débutent par «J'en ai marre», il énumère les contrevérités concernant Israël et les Juifs, le climat antisémite, les approximations de la presse, les manipulations des leaders d'opinion, les slogans et les opinions antisionistes.
    Ce faisant, l'auteur nous donne un cours d'histoire sur le judaïsme et la naissance de l'État d'Israël.

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